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Pourquoi l'armée américaine utilise ses vieux coucous contre Daesh

L'OV-10 Bronco est un avion d'attaque et de reconnaissance conçu dans les années 60 par la compagnie North American pendant la guerre du Viêtnam.

L'OV-10 Bronco est un avion d'attaque et de reconnaissance conçu dans les années 60 par la compagnie North American pendant la guerre du Viêtnam. - Wikimedia

"Les États-Unis ont utilisé des OV-10 Bronco, de vieux avions de l'époque de la guerre du Vietnam pour combattre Daesh en Syrie. Ils coûtent 40 fois moins cher à faire voler que les chasseurs F-15."

Les vieux avions sont-ils meilleurs que les chasseurs dernier cri? On peut se poser la question. Il y a quelques mois en effet l'armée américaine a utilisé deux avions OV-10 Bronco dans la guerre contre Daesh au Moyen Orient, révèle le site Daily Beast. Des aéronefs qui sont aux chasseurs et bombardiers actuels ce que les téléphones à cadran sont à l'iPhone 6s à peu près. L'OV-10 Bronco est un avion conçu dans les années 60 pour lutter contre les guérillas. L'armée américaine en avait passé commande alors qu'elle était empêtrée en pleine guerre du Vietnam. L'avion a aussi été très utilisé par la Colombie dans sa lutte contre les narcotrafiquants et ce jusqu'en novembre de l'année dernière. Un petit avion fiable, robuste et efficace mais qui ressemble plus aujourd'hui à une relique d'un autre âge avec ses moteurs à hélices et ses commandes mécaniques.

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C'est pourtant deux modèles de cette antiquité que la plus puissante armée de l'air du monde a utilisé dans sa guerre contre son plus terrible ennemi: l'Etat islamique. Entre mai et août 2015, ces Bronco ont effectué 134 sorties dont 120 missions de combat, assure le commandement militaire américain dans la région au Daily Beast. L'armée américaine reste discrète sur la localisation exacte des engins et sur le détails des missions effectuées. Mais il s'agit certainement de soutien aérien, de bombardements à basse altitude et de missions de repérage puisque l'avion a été conçu pour ce type de mission. 

L'objectif de l'armée américaine est "de déterminer si l'utilisation d'avions à turbopropulseur (NDLR, les moteurs à hélices du Bronco) augmenterait la synergie et améliorerait la coordination entre le personnel navigant et le commandement au sol", se borne à dire le porte-parole du commandement central américain. 

40 fois moins cher l'heure de vol

Mais pourquoi utiliser un engin si vétuste en lieu et place des modèles high-tech actuels? L'US Force qui dispose de 5.000 avions de guerre n'aurait-elle rien de mieux en magasin? Évidemment que si. Les F-15 et F/A18, plus récents, restent d'ailleurs les chasseurs les plus utilisés au Moyen Orient. Mais ces aéronefs actuels ont un inconvénient: leur coût. Un F-15 peut coûter jusqu'à 40.000 dollars par heure de vol rien qu'en carburant et entretien. Le vieil OV-10 à côté, c'est le low-cost de l'avion de guerre. L'heure de vol coûterait aux alentours de 1.000 dollars. Soit 40 fois moins cher que pour l'avion de chasse!

Et mine de rien, c'est peut-être un changement de doctrine pour l'armée américaine. Depuis une trentaine d'années en effet, l'US Air Force privilégiait les armements de pointe avec des avions toujours plus modernes. Bref la fameuse guerre high-tech largement commentée lors de la première guerre du Golfe. 

Le fiasco de l'avion de chasse F-35

Une stratégie qui atteint son paroxysme avec le développement du F-35 par Lockheed Martin. Cet avion ultra-high tech notamment équipé de six caméras haute définition capable de restituer au pilote une vue sur 360 degrés s'est avéré être un fiasco (7 ans de retard) et un gouffre financier pour le Pentagone. La Cour des comptes américaine estime que le développement, l'acquisition, la maintenance et l'utilisation des 2.443 avions prévus dans les forces armées des États-Unis coûtera aux alentours de 950 milliards de dollars. Une somme colossale qui fait du F-35 le programme militaire le plus coûteux de tous les temps. Et le chasseur qui avait été imaginé au départ comme un appareil à bas prix coûtera au final plus cher que le Rafale. Le prix moyen à l'export (la Corée du Sud a passé commande) pour le F-35 est de 176 millions de dollars (159 millions d'euros) contre une estimation de 110 millions d'euros pour le Rafale que l'Inde s'apprête à acquérir. 

Mais si l'armée américaine tente de nouvelles approches moins coûteuses, elle ne va évidemment pas renoncer à ses jets modernes. Car si les vieux Broncos coûtent moins cher que des chasseurs modernes (les 2 OV-10 ont coûté à peine 20 millions de dollars), l'armée doit disposer d'infrastructures adéquates (pilotes formés, mécaniciens compétents...). Pour l'heure, il s'agit simplement de tests grandeur nature. Il faudrait que l'US Air Force en commande de centaines pour justifier l'investissement dans les infrastructures adaptées.

Et si l'armée y est favorable au vu du taux très élevé de missions accomplies par les OV-10 (99%), le législateur américain reste réfractaire. "Il n'y a pas de besoin opérationnel urgent pour ce type d'appareil", s'agace le sénateur et ancien candidat à la présidentielle John McCain qui veut serrer la vis budgétaire du Pentagone suite au dérapage budgétaire du F-35. Pour le convaincre, l'armée devra effectuer d'autres tests sur des zones de conflit. Et ce n'est pas ce qui manque.

Frédéric Bianchi