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FMI: le projet de réforme dans l'impasse

Michel Sapin et Christian Noyer vendredi au FMI

Michel Sapin et Christian Noyer vendredi au FMI - -

Le sommet de Washington ce week-end n'a pas permis de débloquer les négociations. La réforme envisagée vise à donner plus de poids aux pays émergents, mais reste enlisée face au blocage des Etats-Unis.

Le projet de réforme du Fonds monétaire international (FMI) est dans l'impasse, en dépit des déclarations des ministres des Finances du G20 qui promettent de le mener à bien sans les Etats-Unis si le Congrès américain ne le ratifie pas d'ici la fin de l'année, a déclaré dimanche 13 avril à Reuters un responsable du G20.

L'incapacité à faire avancer ce projet visant à doubler les ressources du Fonds et à renforcer le poids des Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud) dans la prise de décision a visiblement été un grand sujet de discorde entre responsables du G20 et représentants des pays membres du FMI qui se sont réunis au cours du week-end.

"Déception profonde"

Dans un communiqué final, les ministres des Finances du G20 se disent "profondément déçus" par le blocage américain.

"Certains disent qu'il faudrait donner plus d'espace aux Américains", a déclaré à Reuters un haut responsable qui a participé aux discussions à Washington. "Je dis que nous sommes dans une impasse."

Selon lui, la remise en cause du projet de réforme proposé par le G20 en 2010 serait désastreuse à la fois pour les Etats-Unis et pour l'ensemble du groupe, car la plupart des pays ont déjà effectué les procédures de ratification.

"Si l'on met de côté le projet 2010, il faut en démarrer un nouveau. Personne n'a envie de refaire le processus une deuxième fois", dit-il.

Les puissances émergentes, les plus affectées par l'absence de réformes, ont manifesté leur exaspération pendant les discussions mais on ne voit guère quelles décisions pourraient entraîner un déblocage de la situation.

Des mesures ad hoc pourraient être prises concernant une partie des réformes de gouvernance sans l'aval des Etats-Unis. Le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a indiqué que les pays en développement pourraient réclamer un changement dans le mécanisme de prêt d'urgence du FMI si Washington n'approuve pas l'ensemble du projet.

Mais la plupart des solutions, étant donné la structure actuelle de décision, ne pourraient être mises en oeuvre sans l'approbation des Américains.

Le secrétaire au Trésor Jack Lew a assuré que le gouvernement de Barack Obama ferait son possible pour faire voter cette année la réforme des quotas par le Congrès, malgré les réticences affichées par les élus républicains qui jugent que ces réformes coûteraient trop cher à Washington.

Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a jugé prématuré d'évoquer des solutions alternatives: "le plan sera exploré jusqu'au bout et si ce plan A ne fonctionne pas, alors nous nous soucierons du plan B", a-t-elle dit.

Pour l'heure, il n'y a pas de plan B, selon le responsable du G20 cité par Reuters: "il n'y a aucune piste. Au départ, on a une discussion mais quand on entre dans les détails, il n'y a rien."

Paris réservé sur un plan B

De son côté, le ministre français des Finances Michel Sapin a fait part de ses réserves sur tout plan alternatif visant à contourner le veto de fait des Etats-Unis. "Nous devons tout faire pour que les Etats-Unis puisse ratifier d'ici la fin de l'année. Il ne faut donner aucun prétexte au Congrès", a déclaré M. Sapin samedi lors d'une conférence de presse en marge de l'assemblée générale FMI-Banque mondiale.

"Si on s'interroge trop précisément sur les schémas alternatifs on risque de gêner l'adoption de la réforme", a toutefois estimé M. Sapin, tout en reconnaissant que certains pays émergents, dont le Brésil, sont à court de patience. "Si on traduit cette impatience par une nouvelle réforme est ce qu'on risque pas de faire échouer l'ancienne?", s'est interrogé le ministre français. 

Egalement présent à Washington, son homologue allemand Wolfgang Schaüble a défendu la même ligne. "J'espère que nous arriverons au but sans recourir à des chemins détournés qu'il faudrait de toute façon aussi ratifier", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

J. H. avec Reuters et AFP