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Ecosse: à qui profiterait l'indépendance?

Des fûts de whisky à la distillerie White and MacKay d'Invergordon, l'une des plus grandes d'Ecosse.

Des fûts de whisky à la distillerie White and MacKay d'Invergordon, l'une des plus grandes d'Ecosse. - John Haslam - Flickr - CC

Alors que se tient ce jeudi le referendum en Ecosse, les patrons semblent aussi partagés que la population. Le point sur ce qu'ont à perdre et à gagner les secteurs économiques du pays à l'indépendance.

To be or not to be independant? Deux camps au sein de la population écossaise, et deux camps au sein des dirigeants entreprises du pays, alors que le référendum sur l'indépendance se tient le 18 septembre.

200 patrons ont défendu l'émancipation dans The Herald, le 28 août, en réponse à 120 autres qui ont signé, le 27 août, une tribune dans The Scotsman pour implorer les Ecossais de voter non.

Quand les seconds invoquent "les liens économiques très forts au sein du Royaume-Uni (qui) soutiennent près d’un million d’emplois écossais", les autres répondent que Londres prend l'industrie écossaise pour une "vache à lait" et que sortir de sa tutelle offrirait "davantage d’atouts à nos points forts économiques dans un monde de plus en plus compétitif".

Faut-il en déduire que certains pans de l'économie auraient plus à gagner à l'indépendance que d'autres? Passage en revue.

> Le secteur bancaire

De l'avis général, il serait le plus pénalisé. Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group ont déjà indiqué qu'elles déménageraient leur siège à la City, si le Oui l'emportait. L'industrie financière écossaise est très puissante: elle représente plus de 9% de la valeur ajoutée brute de l’Écosse en 2009 et "emploie directement ou indirectement quelque 200.000 personnes", selon Slavena Nazareva, économiste au Crédit Agricole-CIB.

Un atout tant que le Royaume reste uni. Faute de quoi, "les actifs du secteur bancaire représenteraient alors plus de 12 fois le montant du PIB", soit encore plus qu'en Irlande à la veille de la crise financière, note l'économiste.

Dans une Ecosse indépendante, le risque systémique deviendrait ingérable pour Edimbourg: "le soutien du gouvernement britannique à la Royal Bank of Scotland (depuis la crise de 2008) a atteint plus de 200 % du PIB écossais, souligne encore Slavena Nazareva.

> Les télécoms

British Telecom et Vodafone ont prévenu ce week-end qu'ils supprimeraient leur siège en Ecosse. Avec pour conséquence "un coût supplémentaire des forfaits pour les Ecossais", prévoit Sophie Loussouarn, maître de conférence à Paris III-La Sorbonne.

En cause: l'éventuelle nouvelle monnaie du pays. Si les Ecossais votent l'indépendance, ils ne conserveront pas la livre sterling puisque le gouverneur de la Banque centrale d'Angleterre et les chefs des trois grands partis britanniques ont exclu l'option d'une union monétaire. Avec une nouvelle livre écossaise, "l'inflation bondirait et tous les prix augmenteraient", craint la maître de conférence. D'ailleurs les supermarchés ont aussi mis en garde sur une augmentation de leurs prix.

> L'énergie

L'Ecosse jouit d’importantes ressources naturelles. Outre une industrie du renouvelable très avancée, elle dispose de vastes réserves de pétrole et de gaz en Mer du Nord. En se désolidarisant de Londres, Edimbourg capterait seule cette manne. Mais ce n'est pas si simple. 

"L'industrie pétrolière n'est possédée qu'à 30% par des Ecossais. Or les sociétés implantées auraient moins confiance dans une Ecosse appauvrie avec une inflation très forte, un taux de chômage très élevé consécutif aux nombreuses délocalisations, et aux comptes publics dans le rouge", pointe Sophie Loussouarn.

En outre, ce secteur réclame des "investissement très importants", constate Nathalie Dezeure, économiste marchés chez Natixis. Certes, dans un premier temps, récupérer toutes les recettes fiscales de la production pétrolière serait bénéfique aux comptes publics écossais. Mais à moyen terme, "ces montants d'investissement ne vont-ils pas plomber la situation budgétaire de l'Ecosse indépendante?", se demande-t-elle.

> Le whisky

Certains dirigeants de cette industrie 100% écossaise s'inquiètent, à l'instar du patron du géant Diageo, Ivan Menezes, qui souligne que "contrairement à d'autres activités, nous ne pouvons pas fermer nos portes et quitter le pays". D'autres ont signé la pétition en faveur de l'indépendance, estimant qu'un Edimbourg seul maître à bord serait plus à même de maintenir la production de ce breuvage emblématique sur le territoire.

Reste que cette industrie est fortement exportatrice. A ce titre, elle risque de pâtir de la sortie de l'Europe, prévue en cas de désunion du Royaume-Uni. L'Ecosse sortirait par là même du marché unique et des traités de libre-échange qu'a noué Bruxelles. Elle devrait renégocier "ses règles d'accès au marché européen et réévaluer ses coûts de transaction" en cas de changement de monnaie, précise Nathalie Dezeure, économiste chez Natixis. Tout cela, sans bénéficier "de la solide crédibilité acquise par les institutions britanniques", conclue Salvena Nazareva, du Crédit Agricole-CIB.

> L'armement

L'industrie de l'armement serait très touchée par un divorce entre Londres et Edimbourg. Comme le rappelle Sophie Loussouarn, maître de conférence à Paris III, "l'Ecosse abrite aujourd'hui les armes de dissuasion nucléaire du Royaume-Uni, qui les délocaliserait en cas de sécession". Ainsi, tous les emplois et pôles de développement dédiés disparaîtraient du territoire.

Nina Godart