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Grève: les syndicats peuvent-ils (vraiment) bloquer les trains à Noël?

Alors que la grève se poursuit, beaucoup de Français craignent de ne pas pouvoir se déplacer en train pendant les fêtes de fin d'année. Certains syndicats ont en effet déjà annoncé qu'ils étaient prêts à tenir jusque-là. D'autres se montrent plus nuancés sur la question.

Au lendemain des annonces d'Edouard Philippe sur la réforme des retraites, les syndicats semblent toujours aussi remontés. Le Premier ministre a même réussi à se mettre à dos l'ensemble des principales organisations, y compris celles dites "réformistes" que sont la CFDT et l'Unsa.

Après une semaine de grève, le mouvement se poursuit donc. Et pourrait même s'amplifier. De quoi craindre d'importantes perturbations du trafic ferroviaire durant les fêtes, période de forte activité durant laquelle des millions de Français ont prévu de prendre un TGV, un TER ou un Intercités pour rejoindre leurs proches. 

La SNCF sera-t-elle contrainte d'annuler le train dans lequel ils ont réservé? Ou les conducteurs respecteront-ils la trêve de Noel? Difficile de répondre avec certitude. Mais les premières réactions des syndicats permettent de se faire une idée. 

La CGT, SUD-Rail et FO restent fermes

Du côté de la CGT, il n'y aura "pas de trêve pour Noël, sauf si le gouvernement revient à la raison avant ça", a prévenu ce jeudi matin le secrétaire général de la branche Cheminots du syndicat, Laurent Brun. En clair, c'est le retrait pur et simple du projet ou la poursuite de la grève. Même son de cloche chez SUD-Rail où l'on explique que, sur la question de la fin éventuelle de la grève, la base parle moins de Noël que "de la fin de l'année" explique Fabien Dumas, secrétaire fédéral de l'organisation. Pendant les assemblées générales, les troupes semblent plutôt favorables à "une amplification du mouvement" et "plus particulièrement chez les roulants", ajoute-t-il. Alors, à la question "Y aura-t-il des trains pour Noël?", la réponse du représentant syndical est franche: "Pour l'instant, non". 

La position de ces deux syndicats est cruciale. Et pour cause, la CGT-Cheminots est le premier syndicat à la SNCF. Lors des élections professionnelles de 2018, il a recueilli 34% des voix. Le syndicat est également leader chez les conducteurs (31,9% à la traction depuis les élections de 2018).

SUD-Rail est pour sa part le troisième syndicat représentatif de la compagnie ferroviaire (17,28%) et le deuxième chez les conducteurs (31,8%). Ajouté à cela, Force ouvrière, cinquième syndicat à la SNCF (7,6%) et quatrième chez les conducteurs (10,4%). Lui aussi se dit prêt à tenir jusqu'à Noël, voire au-delà. Ce sera en tout cas sa recommandation lors des votes en assemblée générale si l'exécutif n'abandonne pas son projet. 

L'Unsa et la CFDT ouverts à la négociation

S'agissant des syndicats "réformistes", le discours est plus nuancé. Si la colère est bien là, le secrétaire général de la CFDT reste ouvert à la négociation. Interrogé ce vendredi matin sur notre antenne, Laurent Berger a indiqué que "pendant la période des fêtes, notamment pour que les gens aillent rejoindre leur famille et aillent passer les fêtes de Noël, il faut leur laisser la possibilité de circuler comme ils l'entendent et la CFDT cheminot est attachée à cela également". 

L'Unsa reconnaît pour sa part avoir "été entendus sur certains points" par le gouvernement mais dénonce le sort réservé aux régimes spéciaux de la RATP et de la SNCF et surtout l'instauration d'un âge d'équilibre de 64 ans dans le futur système de retraite. Si Laurent Escure, secrétaire général du syndicat, estime dans Le Parisien qu'"on se dirige vers un appel global à la grève", il ne ferme pas la porte à la discussion. "Nous avons besoin d'un plan, d'une négociation rapide", a-t-il déclaré dans le quotidien. 

À eux deux, ces syndicats ont recueilli 38,26% des voix lors des élections professionnelles. L'Unsa (23,96%) est ainsi le deuxième syndicat représentatif de la SNCF, tandis que la CFDT (14,30%) est au pied du podium. Mais les deux organisations pèsent peu chez les conducteurs comparés à la CGT et à SUD-Rail: 18,4% pour la CFDT FGAAC (3e) et 7,5% pour l'Unsa (5e). 

Or, les "roulants" sont les plus engagés dans la grève. Il suffit de regarder l'évolution du taux de grévistes à la SNCF pour s'en rendre compte. Le 5 décembre dernier, 85,7% des conducteurs avaient cessé le travail contre 55,6% de l'ensemble des salariés censés travailler. Depuis, le taux de grévistes est resté particulièrement élevé chez les conducteurs (71,6% ce jeudi) alors qu'il a fondu au niveau de l'effectif total (17,3%). 

Paul Louis