BFM Eco

Gel hydroalcoolique: ces fabricants qui jouent sur l’ambiguïté pour vendre des produits non conformes

Du gel hydroalcoolique

Du gel hydroalcoolique - Loic Venance

"Gel lavant", "Lotion mains nettoyante"... La DGCCRF a procédé à plusieurs rappels de produits se présentant comme des solutions hydroalcooliques mais dont la concentration en alcool est trop faible pour en faire des virucides efficaces.

Après avoir cruellement manqué au début de la crise sanitaire, le gel hydroalcoolique est devenu un produit incontournable dans les rayons des supermarchés. Avec parfois de multiples références susceptibles de troubler le consommateur, voire de l’induire en erreur.

Il faut dire que certains fabricants n’hésitent pas à jouer sur l’ambiguïté en proposant du gel pour les mains qui ressemble à s’y méprendre à une solution hydroalcoolique classique. Or, ces produits présentés dans les étals aux côtés des gels conformes sont inefficaces contre les virus:

"Le marché est inondé de produits possédant l’appellation ‘Gel lavant’ ou ‘Lotion mains nettoyante’. Ces articles sont à la frontière de la cosmétique, ils ne sont pas conformes aux gestes barrières et souvent inefficaces contre les virus et bactéries", explique Cédric-Mérino Riocher, président du laboratoire Lips.

Taux d'alcool trop faible

Appellation semblable, même code couleur… Difficile de s’y retrouver pour le consommateur. L’Association nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a toutefois livré ses conseils en recommandant d’acheter les produits hydroalcooliques de norme NF EN14476 ou avec une concentration d’alcool "optimale, comprise entre 60 et 70%".

C’est là toute la différence avec les "gels lavant" et autres lotions pour les mains qui affichent souvent des taux de concentration en alcool bien plus faibles, les rendant inefficaces contre les virus. Seulement voilà, certains de ces produits n’affichaient pas clairement cette information sur le flacon au début de la crise sanitaire. Impossible dès lors pour le consommateur de savoir ce qu’il achète.

Rappels

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) s’est saisie du problème et a obtenu l’obligation pour tous les gels de faire figurer le taux de composition d’alcool à compter du 31 mai.

D’ailleurs, certains produits analysés par la DGCCRF ont déjà fait l’objet d’un rappel pour "tromperie sur la qualité d’un produit et mise en danger de la vie d’autrui". C’est par exemple le cas des flacons de gel hydroalcoolique de la marque Symex. Plus récemment, c’est le gel de la marque "Clean and pure" qui a été ciblé par l’administration "en raison d’un taux d’éthanol insuffisant".

Le laboratoire Lips regrette que ces produits souvent importés d’Europe de l’Est ou d’Asie soient mis en avant par la grande distribution: "Nous avons travaillé sans relâche durant ces derniers mois afin de proposer du gel hydroalcoolique certifié et normé. Il est regrettable que l’accès à ces produits fabriqués et conditionnés en France, possédant un savoir-faire et une réglementation, ne soit pas privilégié par la grande distribution", a déploré Renaud Boisseau, docteur en chimie analytique du laboratoire.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco