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Prix des gels hydroalcooliques: qui abuse vraiment?

Pour Olivier Véran, ministre de la santé, le contexte ne justifie pas l'augmentation des prix des flacons de gel hydroalcoolique

Pour Olivier Véran, ministre de la santé, le contexte ne justifie pas l'augmentation des prix des flacons de gel hydroalcoolique - Loic Venance - AFP

Alors que le gouvernement s'apprête à encadrer les prix des gels hydroalcooliques, des photos de produits font toujours état de hausse de prix astronomiques. La faute aux commerçants, aux grossistes ou aux fabricants?

Le gouvernement va donc encadrer les prix de gels hydroalcooliques. Bruno Le Maire l'a annoncé ce mercredi matin sur BFM Business. "Nous n'accepterons pas la moindre spéculation sur l'épidémie de coronavirus", a déclaré le ministre de l'Economie. 

Des abus auraient été constatés tant sur internet qu'en pharmacie. Cette photo prise dans une pharmacie à Paris montre par exemple une bouteille de gel de 500 ml vendue 30 euros, soit 60 euros le litre, alors que le prix se situe normalement autour de 10 euros.

La DGCCRF mène actuellement une enquête auprès des commerces vendant du gel hydroalcoolique pour vérifier l'ampleur des abus. Elle rendra son rapport dans quelques jours au ministère de l'Economie. 

Mais qui a vraiment abusé de la situation pour augmenter ses prix? Les fabricants? Les revendeurs? Les pharmaciens? Les fédérations se renvoient la responsabilité. Pour Gilles Bonnefond, le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine, les fautifs sont les fabricants, ou du moins certains d'entre eux. "Ça dérape avec des producteurs qui profitent de la situation pour augmenter les prix, assure-t-il à Francetvinfo. On a aujourd'hui des démarcheurs qui viennent dans des pharmacies proposer des gels hydroalcooliques à des prix extrêmement élevés."

"Les fabricants n'ont pas bougé leur prix, assure de son côté Virginie d'Enfert, déléguée générale de l'Afise, l'association professionnelle qui rassemble les fabricants de produits d'hygiène, dont ceux qui fabriquent le gel hydroalcoolique. La demande a été multipliée par six voire huit depuis quelques jours, nous avons constaté des ruptures mais pas d'abus sur les prix."

Impossible de se faire livrer

Une version confirmé par les pharmaciens que nous avons interrogés. "Les trois fournisseurs à qui j'achète mes produits habituellement n'ont pas augmenté leurs prix, je peux toujours vendre mes petits flacons aux alentours de 4 euros, nous assure un pharmacien d'Issy-les-Moulineaux. Le problème c'est qu'ils ne me livrent plus."

Même constat chez ce pharmacien niçois en rupture de stock. Il ne peut plus fournir les 50 à 100 clients qui se pressent chaque jour dans son officine. "Nos laboratoires habituels ne nous livrent plus, je viens de passer commande de 200 bouteilles, je n'ai toujours rien reçu, déplore-t-il. Mais nos fournisseurs habituels nous les proposent toujours au même prix: 2,50 euros pour le laboratoire Hartmann ou encore 2,90 euros pour la marque Baccide un peu plus chère." Ce dernier vient d'ailleurs d'être contrôlé par des agents de la DGCCR: "ils vérifient nos prix de ventes et contrôlent les factures, mais de toute façon je n'en ai plus." Pas d'irrégularité constaté donc. 

Les responsables seraient les commerçants

Ces pharmaciens ont en revanche reçu ces derniers jours des sollicitations de la part de laboratoires ou industriels qu'ils ne connaissent pas. "Ils sont un peu plus chers c'est vrai mais de l'ordre de 20 à 30%, pas plus", assure le pharmacien niçois. Pas de quoi justifier a priori la flambée constatée sur certains produits qui a pu atteindre 7 à 800%.

Idem pour pour les préparations des pharmaciens. Certaines pharmacies possèdent le matériel pour produire leur propre gel hydroalcoolique. Même si elles n'ont en théorie pas le droit de le vendre. Mais quand elles le sont, ses préparations artisanales sont en revanche vendues plus cher, de l'ordre de 6 euros les 100 ml. 

Les responsables des hausses de prix seraient donc les commerçants. Tant sur internet qu'en officine. "Le syndicat des pharmaciens nous envoient des mails depuis quelques jours pour nous rappeler d'être raisonnables mais il y a toujours des brebis galeuses dans un profession", nous explique un pharmacien. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco