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Un expert des marchés prédit la faillite de Tesla avant la fin de l'année

John Thompson, un gérant de fonds reconnu de Wall Street, a publié un courrier dans lequel il prédit la faillite de Tesla sous six mois. Selon lui, l'entreprise d'Elon Musk est coincée entre ses besoins en trésorerie et son incapacité à dégager des recettes.

Tesla a connu mardi à Wall Street sa plus forte chute depuis avril dernier. Son action a terminé la séance en baisse de plus de 8%, à moins de 280 dollars. En cause: des soucis qui s'accumulent, dont le dernier est une lettre publiée par le gérant du fonds d'investissement Vilas Capital Management, qui prédit la faillite imminente du groupe.

Son auteur, John Thompson, l'un des rares gérants américains qui surperforment régulièrement le marché, a parié sur la débâcle de Tesla. Dans ce courrier publié par différents médias américains, il affirme que l'entreprise d'Elon Musk est "indubitablement au bord de la faillite" et donne entre trois à six mois au groupe avant de ne plus pouvoir payer ses factures.

Des dépenses et aucune rentrée de cash

Tesla disposerait actuellement d'une trésorerie de 3,4 milliards de dollars, et dépenserait 1 milliard par mois, selon le Wall Street Journal. D'un autre côté, l'entreprise ne parvient pas à générer de profits: au quatrième trimestre 2017, elle déplorait encore une perte nette de plus de 675 millions de dollars.

Ainsi, le gérant John Thompson affirme que Tesla va devoir trouver "8 milliards de dollars dans les huit mois à venir pour combler ses pertes d'exploitation, ses dépenses en capital, ses dettes qui arrivent à échéance et ses besoins en fonds de roulement".

Parmi les raisons de cet étranglement financier, l'homme d'affaires cite ses difficultés à industrialiser la production de la Model 3, la voiture avec laquelle Tesla veut conquérir le grand public. Le groupe avait prévu d'en produire 5000 par semaine fin 2017. En janvier, il reconnaissait en produire moitié moins, et repoussait cet objectif à la mi-2018. Pire: en réalité, moins d'un millier de Model 3 sortiraient des usines chaque mois selon Bloomberg.

En parallèle, les Model S et Model X se vendraient moins. S'y ajoutent une note de crédit déplorable de Moody's et des soupçons de trucage des comptes qui font l'objet d'une enquête de la SEC, le gendarme américain de la Bourse.

Une rémunération "sidérante" pour Musk

"Tesla vaut deux fois plus que Ford, mais Ford a fabriqué six millions de voitures l'an dernier et gagné 7,6 milliards de dollars, tandis que Tesla a construit 100.000 voitures et perdu 2 milliards de dollars. Je n'ai jamais rien vu d'aussi absurde dans ma carrière", écrit John Thompson.

Pour ne rien arranger, la semaine dernière, un véhicule Tesla équipé d'un logiciel qui autonomise certaines manœuvres de conduite, a été impliqué dans un accident mortel en Californie, donnant lieu à une enquête des autorités fédérales américaines. Et un modèle autonome d'Uber vient de connaître un accident de même gravité. "Tout cela montre que la conduite autonome est loin de débarquer sur les routes" alors que le développement de ces technologies engloutit des masses énormes de trésorerie, souligne le spécialiste de l'intelligence artificielle, Alexandre Winter.

Pour Tesla, le seul point positif de cette chute boursière est qu'elle éloigne le risque de devoir verser à Elon Musk la rémunération qu'elle vient de voter, jugée "sidérante" par les analystes: 56 milliards de dollars sur 10 ans, soit 5 milliards par an. Le PDG et fondateur du groupe deviendrait ainsi mieux payé que tous les patrons du S&P 500 RÉUNIS! Mais cette somme ne lui serait versée que si le groupe atteint en douze étapes une capitalisation de 650 milliards de dollars en 2028. C'est-à-dire 350 milliards de moins que les champions actuels de Wall Street, Google et Microsoft.

Nina Godart