BFM Business

SNCF: un méga-contrat à 3 milliards d’euros pour Alstom-Bombardier

Cette commande de 3 à 3,5 milliards d'euros pour 371 RER de nouvelle génération, est la plus importante pour le réseau francilien depuis 1945.

Cette commande de 3 à 3,5 milliards d'euros pour 371 RER de nouvelle génération, est la plus importante pour le réseau francilien depuis 1945. - Jacques Demarthon - AFP

Sauf surprise, le consortium Alstom-Bombardier va remporter l’appel d’offres de la SNCF sur un contrat de 371 RER de 3 milliards d’euros. L’espagnol CAF, son seul concurrent, a en effet été écarté.

Dans l’industrie ferroviaire, les commandes vont bon train depuis quelques semaines. Après une commande de 40 trains à Bombardier pour 720 millions d’euros qui vient d’être annoncée par Guillaume Pépy, président de la SNCF, le réseau a lancé un appel d’offres pour ses RER NG de nouvelle génération. Et selon des informations de la lettre spécialisée Mobilettre, désormais confirmées par l'un des acteurs du dossier, ce contrat ferroviaire, la plus grosse commande pour le réseau francilien depuis 1945, devrait être confié à un consortium Alstom-Bombardier. Son montant : entre 3 et 3,5 milliards d’euros.

Le consortium franco-canadien devrait ainsi remporter l’appel d'offres au détriment de l'espagnol CAF, qui avait déposé une offre et apparaissait comme l’un des favoris. Mais selon Mobilettre, CAF s'est vu signifier officiellement par la SNCF que l'évaluation de sa capacité de production industrielle ne lui permettait pas de remettre une BAFO (best and final offer)".

L'entreprise l'a confirmé ce mercredi 2 novembre. CAF a reçu un courrier de la SNCF "nous signifiant que nous ne pourrions pas participer à l'offre finale du fait d'une évaluation négative de nos capacités" de production de trains, a indiqué Francis Nakache, directeur général France du constructeur espagnol.

Un contrat de 3 milliards d'euros pour 371 trains

L'annonce du résultat de cet appel d'offres est attendue d'ici la fin de l'année. Le RER NG est destiné dans un premier temps au RER E, le projet Éole, dont la prolongation vers l'ouest doit être mise en service à horizon 2022, puis au remplacement des trains du RER D. Jusqu'à 371 trains pourront être commandés dans le cadre de ce contrat.

"La SNCF a considéré que CAF n'avait pas suffisamment démontré sa capacité à livrer 70 rames par an", selon Mobilettre, qui ajoute qu'"en appuyant sur la question de la capacité industrielle, la SNCF a saisi in extremis le seul et mince critère disponible pour inverser la tendance, CAF ayant répondu à toutes les spécifications techniques du cahier des charges, bien en-dessous du prix proposé par Alstom dans sa remise d'offre".

"À quel prix la SNCF et Alstom négocieront-ils le contrat dans les prochaines semaines? L'enjeu se compte en centaines de millions d'euros", selon la lettre spécialisée, indiquant qu'"il serait étonnant que la SNCF n' 'accompagne' pas d'une manière ou d'une autre la défaite de CAF pour éviter un recours. On imagine qu'une correcte indemnisation des coûts de réponse à l'appel d'offres, à hauteur de quelques millions d'euros, est un minimum à court terme".

CAF dénonce un audit "de quelques jours à peine"

Le président de Bombardier Transport France, Laurent Bouyer, avait récemment averti que si CAF remportait l'appel d'offres, ça serait "une catastrophe pour la filière ferroviaire française".

Néanmoins, note encore Mobilettre, "une victoire n'aurait pas été facile à assumer (pour CAF): l'appel d'offres dans sa version 2016 est l'un des plus gros de l'histoire ferroviaire. C'est l'une des raisons qui ont poussé Alstom et Bombardier à s'unir", leurs usines de Petite-Forêt et Crespin étant toutes proches. Pour Alstom dont les ateliers à Petite-Forêt étaient touchés par du chômage partiel, cette commande "représente environ 9.000 salariés" d'après Patrick de Cara, délégué syndical Alstom (CFDT).

Reste que pour le constructeur espagnol, c’est la douche froide. CAF craint désormais pour l'emploi sur son site de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), a rapporté Le Figaro dans son édition du 31 octobre. Et selon Francis Nakache, directeur général de CAF en France, "l’audit a été très court. Il n’a duré que quelques jours à peine. Nous demandons à en avoir communication."

En effet, pour remporter ce contrat, CAF avait prévu d’adapter son unité de production. "Nous avions l’intention d’embaucher 500 à 600 personnes à Bagnères pour revenir à la capacité industrielle de cette usine. CAF n’a jamais caché qu’il mettrait ses sites espagnols à contribution" pour tenir une cadence de 70 trains par an. "Nous n’avons pas encore réussi à pérenniser l’activité. Dès le printemps prochain, nous aurons des problèmes sur le site de Bagnères que nous tenons à bout de bras."

Le résultat de l'appel d'offres est attendu début 2017.

Pascal Samama avec AFP