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SNCF: quel bilan pour les syndicats après une grève historique?

Les cheminots vivent ce jeudi leur dernier jour de grève unitaire contre la réforme ferroviaire, après trois mois de lutte à raison de 18 séquences de deux jours de mobilisation tous les cinq jours. S'ils n'ont pas réussi à faire retirer le texte, les syndicats ont pu le faire évoluer.

Ultime jour de grève unitaire jeudi à la SNCF, après trois mois de mobilisation par épisodes contre la réforme ferroviaire: à l'heure du bilan, les syndicats comptent les points mais divergent sur la suite, CGT et SUD prolongeant la grève, Unsa et CFDT la suspendant pendant l'été.

Historique par sa durée -36 jours en cumulé, la plus longue à la SNCF depuis 30 ans-, cette grève programmée du 3 avril au 28 juin l'a été aussi par son rythme intermittent et inédit en 18 séquences de deux jours de grève sur cinq.

Les grévistes protestaient contre une réforme qui bouleverse le secteur ferroviaire, en ouvrant à la concurrence le transport des voyageurs (au plus tôt en décembre 2019, au plus tard en 2039 selon les lignes) et en supprimant à partir du 1er janvier 2020 les embauches au très protecteur statut de cheminot.

Votée définitivement par le Parlement à la mi-juin, la loi de la réforme ferroviaire a été promulguée mercredi par Emmanuel Macron. Le président a promis de répondre aux "inquiétudes" des cheminots quand elles "sont légitimes, et qu'elles ne sont pas le refus de tout changer".

"Certaines évolutions" obtenues par les syndicats

Depuis qu'ont été dévoilées en février les recommandations du rapport Spinetta pour réformer le rail hexagonal, puis le projet gouvernemental, les quatre syndicats représentatifs de la SNCF ont multiplié réunions, propositions et manifestations dans toute la France. L'Unsa et la CFDT ont également proposé chacune des amendements à une loi rejetée en bloc par la CGT et SUD. 

"Sans triomphalisme", l'Unsa "se félicite" d'avoir ainsi gagné "certaines évolutions face à la rigidité du pouvoir en place". La CFDT note qu'elle a pu "corriger ou atténuer les effets négatifs d'une loi dont elle n'a pas voulu".

Les deux syndicats réformistes listent les avancées qu'ils ont obtenues "dans la loi", notamment le maintien de la rémunération des cheminots qui quitteront la SNCF quand le groupe public perdra des marchés face à des entreprises rivales, la priorité donnée au volontariat pour ces transferts, les conditions de retour possible au sein de la SNCF ou le caractère incessible des capitaux à 100% publics du groupe ferroviaire quand ses trois entités actuelles deviendront des sociétés anonymes.

CGT et SUD poursuivent la grève, Unsa et CGT attendent la rentrée

Ces "avancées", critique la CGT, "ne représentent pour l'instant pas de garanties réelles ni pour le service public (fret, lignes de proximité, régularité, bassins d'emplois) ni pour les cheminots". "85% des problèmes que nous avons soulevés ne sont pas réglés", a affirmé Philippe Martinez mercredi. SUD-Rail "ne validera pas des reculs sociaux" et dénonce une loi qui "va bénéficier aux patrons sur le dos des cheminots et des usagers".

Les deux syndicats appellent à la grève les vendredi 6 et samedi 7 juillet, au tout début des vacances scolaires, et n'excluent pas d'autres journées de grève en juillet et août.

"On annoncera au fur et à mesure" les dates pour peser sur les négociations avec la direction de la SNCF ou l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP, patronat) sur la convention collective nationale de la branche ferroviaire, explique Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. À SUD-Rail, les assemblées générales de cheminots "débattront" les 6 et 7 juillet de "la suite à donner au mouvement pour gagner".

Mais "à l'été, il n'y aura aucune décision", a précisé mercredi le directeur général adjoint de la SNCF, Mathias Vicherat. C'est pourquoi les syndicats réformistes, l'Unsa et la CFDT, n'excluent pas de repartir en grève à la rentrée.

Les discussions en cours avec la direction et avec la branche, qui doivent aboutir d'ici au 1er janvier 2020, sont cruciales pour les syndicats également dans la perspective des élections professionnelles en novembre prochain.

J.-C.C. avec AFP