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SNCF: pourquoi le conflit social aborde un vrai tournant

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- - Zakaria Abdelkalfi-AFP

En recevant les syndicats le 7 mai, le Premier ministre reprend la main. Le gouvernement aborde la saison 2 de sa gestion du conflit social à la SNCF. Pascal Perri, économiste, explique en quoi il s'agit d'un virage déterminant pour la suite du mouvement.

L'exécutif gouvernemental aborde une période charnière de sa gestion du conflit à la SNCF. Après l'épreuve de force, l'ouverture. Tandis que les syndicats réfléchissaient aux suites à donner au mouvement de grève entamé le 3 avril, Édouard Philippe a fait savoir qu'il les invitait, dans un courrier, à des rencontres bilatérales le 7 mai prochain.

De leur côté, s'ils ont accepté la rencontre proposée par le Premier ministre, les syndicats ont aussi acté le principe d'une nouvelle journée de mobilisation le 3 mai. Les quatre syndicats représentatifs (CGT, Unsa, Sud et CFDT) prévoient également "une journée sans cheminots" le 14 mai si leurs revendications unitaires n'étaient pas entendues par le Premier ministre, qu'ils doivent rencontrer le 7 mai.

Pascal Perri, économiste, explique en quoi la reprise en main par le chef du gouvernement des négociations fait prendre une nouvelle tournure au conflit social, qui devrait être déterminante pour la suite.

Pourquoi le Premier ministre attend-t-il le 7 mai pour rencontrer les syndicats ?

Pascal Perri: Le Premier ministre reprend le dialogue. Il aurait pu le faire plus tôt. S'il ne l'a pas fait, c'était pour ne pas démonétiser la parole la ministre des transports. On pouvait aussi difficilement imaginer qu'il rencontre les syndicats avant le 1er mai. Il est logique qu'Édouard Philippe laisse passer un peu de temps après ce grand jour de mobilisation syndicale, avant de reprendre le dialogue.

Est-ce le bon moment politique pour le faire?

P.P.: Maintenant que le vote de la réforme ferroviaire a été obtenu, on entre dans une gestion plus politique du conflit: c'est le temps de l'exécutif gouvernemental au plus haut niveau. On voit un chef du gouvernement qui sort du bois et qui va reprendre langue avec les syndicats, au meilleur moment politique. Le gouvernement maîtrise le calendrier sur un dossier qui lui tient particulièrement à coeur. La loi sur la réforme ferroviaire a été votée en première lecture à l'Assemblée Nationale, qui instaure la transformation de la SNCF en S.A, l'introduction de la concurrence et la fin du statut de cheminot. Mais, le gouvernement a encore du grain à moudre. Il veut notamment que débute rapidement la négociation sur la convention collective du rail. De même, à la SNCF, les négociations sur le dictionnaire des métiers de l'entreprise est en cours, incluant des plans de formation.

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- © Pour Pascal Perri, le choix par l'intersyndicale d'une grève en pointillé, a été une erreur stratégique.

Est-ce aussi le bon moment par rapport à l'état de la mobilisation syndicale ?

P.P.: Une bonne partie des syndicats de la SNCF sont confrontés à un certain désarroi, particulièrement la CGT. La coagulation des luttes sociales au niveau interprofessionnel qu'elle appelait de ses voeux, ne prend pas. La grève en pointillé, qui n'est effective que 2 jours sur 5, est aussi, à mon avis, une erreur stratégique alors que Sud-Rail proposait d'emblée une grève dure reconductible.

Résultat, le chef du gouvernement va aborder ce tournant dans sa gestion de la crise sociale avec des syndicats à la fois désorientés et divisés. Il a tout intérêt à tendre la main aux syndicats réformistes que sont la CFDT-Cheminots et l'UNSA. Ces deux syndicats représentent presque 40% des voix aux élections professionnelles mais le gouvernement les avait en quelque sorte réarmé au début du conflit à la suite de quelques maladresses, alors qu'ils étaient a priori ouverts à la discussion.

La réunion du 7 mai portera-t-elle surtout sur la reprise de la dette de la SNCF?

P.P.: De fait, dans sa lettre aux syndicats, Édouard Philippe indique que cette reprise de la dette "demandera un effort supplémentaire aux contribuables". Je pense que la clé de la sortie de la crise sociale actuelle tiendra dans l'engagement ferme de l'État sur la reprise d'une grande partie de la dette de la SNCF. Il est logique que l'État lâche beaucoup sur ce point. Au moins 20 milliards d'euros sont liés à des décisions politiques de construction de nouvelles lignes de TGV. Ce qui se dessine consistera d'une part à soulager la SNCF d'une partie des intérêts de cette dette qui pèsent chaque année sur ses comptes et d'autre part à cantonner la dette dans une structure à part. Mais il faudra convaincre et forcer la main à Bercy qui ne veut pas payer.

Propos recueillis par Frédéric Bergé

Frédéric Bergé