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SNCF: les cheminots ont-ils les moyens de paralyser le pays ?

L'exécutif a présenté ce mercredi son projet de loi permettant de réformer la compagnie ferroviaire par ordonnances. Les syndicats, eux, décideront des actions à mener demain. Mais le spectre des grandes grèves de 1995 semble encore bien loin.

Après avoir fait passer sa réforme du code du travail dans une relative indifférence, le gouvernement s’apprête à engager le processus devant mener à la refonte de la SNCF. Et devrait, sauf surprise, rencontrer une forte opposition des syndicats, y compris des plus réformistes.

Remontés notamment contre le passage en force de l’exécutif sur le dossier, symbolisé par son choix de recourir aux ordonnances, ces derniers agitent la menace d’un conflit "dur". Une intersyndicale se réunira ainsi ce jeudi pour décider des actions à mener, quelques heures après la présentation du projet de loi en Conseil des ministres.

Il n’en fallait pas plus pour que le spectre des grandes grèves de 1995 plane de nouveau, et 64% des Français redoutent désormais un "blocage complet" du pays. A l’époque, le projet de réforme des retraites porté par le Premier ministre Alain Juppé, combiné à une refonte de la Sécurité sociale, avait en effet provoqué une paralysie totale des transports. Les cheminots avaient été les premiers à se mettre en ordre de bataille, suivis par la RATP et d’autres entreprises du secteur public.

22 ans plus tard, certains caressent le doux rêve de faire à nouveau plier le gouvernement. Mais la tâche s’annonce difficile, pour plusieurs raisons.

Le gouvernement avance prudemment

D’abord, car le gouvernement avance plus prudemment qu’Alain Juppé en son temps, prenant soin de ne pas multiplier les sujets de discorde. S’il compte bien en finir avec le statut des cheminots, seuls les nouvelles embauches seront concernées, ce qui pourrait affaiblir la mobilisation au sein de la compagnie ferroviaire. Idem pour l’ouverture à la concurrence, puisque le gouvernement entend faire en sorte que les employés transférés à une société concurrente conservent leurs avantages. Tandis que le sort des petites lignes non rentables, dont l’audit réclamé par le rapport Spinetta pourrait entraîner la fermeture, a été remis entre les mains des régions.

L’exécutif a également fait savoir qu’il ne toucherait pas à la gratuité des billets de trains pour les cheminots et leurs proches, comme le rappellent Les Echos. D’une part, car beaucoup d’entre eux ont choisi d’habiter loin de leur lieu de travail, sachant que le coût du déplacement est nul. D’autre part, car une suppression de cet avantage pourrait braquer les cadres de la compagnie: bénéficiant d’un pouvoir d’achat plus élevé, ceux-ci voyagent beaucoup. Et le gouvernement a besoin de leur soutien pour faire passer sa réforme.

Des syndicats qui peinent à s'unir

Ensuite, car les différentes organisations syndicales n’ont pas la même force de frappe qu’il y a 22 ans. En 2013, selon les derniers chiffres disponibles, le taux de syndicalisation plafonnait à 11% en France, contre 23% en moyenne dans l’UE. Difficile, donc, d’engager un mouvement d’ampleur au niveau national.

La SNCF reste cependant un bastion fort, puisque ce taux atteint environ 20%. Mais les différentes forces en présence peinent à s’unir. Entre la CGT et SUD Rail, idéologiquement proches, s’est instaurée une rivalité pour asseoir leur influence au sein de l’entreprise. L’Unsa-ferroviaire, deuxième syndicat de la compagnie, s’affirme comme une puissance réformiste, tout comme la CFDT (4ème).

Sans oublier Force Ouvrière, non représentatif mais dont les rapports avec la CGT cheminots. A titre d’exemple, en décembre dernier, un appel à la grève en Paca lancé par FO avait été qualifié de "populiste" par…la CGT. L'organisation d'élections professionnelles en novembre ne devrait pas arranger les choses.

L'opinion publique favorable à l'exécutif...pour l'instant

Enfin, parce que l’opinion publique reste pour l’instant favorable au gouvernement. A titre d’illustration, 69% des Français se sont récemment prononcés pour la fin du statut de cheminot. Du côté de l’exécutif, on aborde d’ailleurs les prochaines semaines avec optimisme. "En 1995, il y avait un terreau: les Français étaient tous des cheminots", analyse-t-on dans l’entourage d’Edouard Philippe. Une manière de rappeler que le mouvement avait été considéré à l’époque comme une défense du service public dans son intégralité. "Et surtout, les réformes n'avaient pas été annoncées lors de la campagne présidentielle", poursuit-on.

Reste à savoir si ce rapport de force favorable au gouvernement perdurera. En 1995, le basculement de l’opinion publique en faveur des grévistes avait en effet amorcé l’abandon de la réforme controversée.