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SNCF: le Sénat approuve la réforme en première lecture

Le texte a été voté par 240 voix pour et 85 contre. Il fera l'objet d'une commission mixte paritaire lundi.

Le Sénat a adopté ce mardi en première lecture la très controversée réforme ferroviaire, à l'origine de la grève à la SNCF, après l'avoir modifiée pour donner des gages aux syndicats. Le texte, qui fera l'objet lundi prochain d'une commission mixte paritaire (CMP) chargée de trouver un texte commun entre députés et sénateurs, a été voté par 240 voix pour et 85 contre, PS et CRCE (à majorité communiste).

"Le Sénat a mis la réforme sur de bons rails", a déclaré le rapporteur Gérard Cornu. "J'ai la certitude que le texte ne sera pas dénaturé par la CMP", a-t-il dit avant d'ajouter, citant l'ex numéro un communiste Maurice Thorez: "'Il faut savoir arrêter une grève', ce texte en donne l'opportunité".

"La réforme arrive à son terme dans les prochains jours"

En revanche, pour Éliane Assassi (CRCE), "ce texte porte le risque de la création de nouveaux déserts ferroviaires en subordonnant le droit à la mobilité à la rentabilité financière pour les opérateurs" et transforme "la SNCF en une myriade de sociétés anonymes, casse le statut de cheminot et procède à l'ouverture à la concurrence".

"Ce n'est pas un nouveau pacte ferroviaire", a reproché Olivier Jacquin (PS). "Et si le conflit se poursuit, c'est parce qu'il y a encore des inquiétudes", a-t-il estimé. "Nous ne vous donnerons pas un chèque en blanc pour une destination inconnue", a-t-il ajouté. "Nous voterons contre, un vote de vigilance avant la CMP et les dernières discussions avec les syndicats".

"La réforme arrive à son terme dans les prochains jours", a souligné la ministre des Transports Élisabeth Borne, appelant chacun à ses responsabilités. "Tout est maintenant posé: un projet de loi bientôt définitivement adopté, des engagements financiers sans précédent pris par le gouvernement, et un cap tracé pour les négociations de branche et d'entreprise", a-t-elle dit.

La CFDT juge les avancées "insuffisantes"

Mais s'il y a eu des "avancées importantes" au Sénat, elles restent "insuffisantes" aux yeux de la CFDT Cheminots, qui avait négocié des amendements avec Elisabeth Borne. Comptant 26 jours de grève depuis début avril -davantage que les 22 jours du mouvement emblématique de 1995-, ce "conflit historique n'est pas encore terminé", a prévenu la 4e force syndicale à la SNCF.

La CFDT a en ligne de mire la CMP où elle espère glaner de nouvelles avancées comme un "volontariat total" pour les transferts de cheminots chez un rival de la SNCF après l'ouverture à la concurrence. Christian Jacob, chef de file des députés LR, a promis mardi que son groupe irait à cette CMP "dans un état d'esprit positif". "D'ailleurs, ce texte, nous l'avons voté très majoritairement à l'Assemblée" et "on a pris acte que c'est plus clarifié qu'au début".

Autre organisation réformiste qui a joué le jeu des amendements, l'Unsa ferroviaire (2e) a aussi décidé de rester sur une ligne alliant "opposition ferme et négociations" pour "maintenir la pression" car elle espère gagner encore des "améliorations significatives".

La CGT veut "amplifier le rapport de force"

Quant à la puissante CGT Cheminots, 1er syndicat du groupe public, elle voit au-delà du vote de la loi, inscrivant son action dans un "processus encore long", ponctué notamment par la rédaction "des décrets d'application", et par les "négociations sur la convention collective nationale de la branche ferroviaire" et celles du "pacte d'entreprise" de la SNCF.

La table ronde tripartite -syndicats, patronat du ferroviaire et gouvernement- promise par Elisabeth Borne la semaine prochaine "doit permettre d'amplifier le rapport de forces" en faveur des cheminots, souhaite la CGT. Il y a "bien besoin de maintenir la pression", a estimé mardi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. La CGT continuera la grève "jusque fin juin" et, "après, les cheminots décideront", a-t-il ajouté.

"La mobilisation est loin d'être terminée"

SUD-Rail, 3e syndicat, juge que les amendements "n'apporteront aucune garantie" aux cheminots. Et "qui dit fin du processus parlementaire ne dira pas forcément fin de la mobilisation", a prévenu son porte-parole Erik Meyer, lors d'une manifestation rassemblant environ 150 personnes mardi devant le Sénat.

Ce projet de loi "renvoie à des discussions avec le syndicat patronal, la direction, à d'autres discussions avec le gouvernement (...), la mobilisation est loin d'être terminée", a-t-il relevé. SUD-Rail appelle les cheminots "à participer jeudi aux assemblées générales pour décider de la suite du mouvement et du calendrier" de la grève, a indiqué Bruno Poncet, secrétaire fédéral de ce syndicat qui prévoit également de manifester, en marge de la CMP.

Ses partenaires CGT, Unsa et CFDT seront eux à Luxembourg jeudi, pour une manifestation à l'occasion d'un conseil des ministres européens des Transports. Et pour regonfler les taux des grévistes, en recul au fil des épisodes de deux jours de grève, l'intersyndicale a décidé de rejouer la carte d'un nouveau temps fort unitaire. Après sa journée dite "sans cheminots" le 14 mai, qui avait enregistré un net rebond de la mobilisation, l'intersyndicale a prévu le 12 juin une "Journée de la colère cheminote".

"Dire qu'il n'y a pas une forme d'usure, ce serait mentir", a reconnu lundi Didier Aubert (CFDT) tout en tablant sur "un réservoir de cheminots prêts à se mobiliser". D'ici là, le 14e épisode de grève commencera mercredi soir.

P.L avec AFP