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Pourquoi le mariage entre Peugeot et Fiat inquiète Donald Trump

Les autorités américaines voient d’un mauvais œil la présence de l’actionnaire chinois Dongfeng dans la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler. Dongfeng ne sera pas présent au conseil d’administration du futur groupe pour éviter un veto américain. Une première étape vers la fin du partenariat avec Peugeot?

Le diable se niche dans les détails. Et dans le mariage entre Peugeot et Fiat-Chrysler, le diable est le chinois Dongfeng. Le projet de rapprochement entre PSA et FCA doit aboutir à la signature d’un accord engageant d’ici les fêtes de fin d’année. La direction de PSA aura l’occasion d’aborder le sujet auprès des représentants de salariés ce mardi lors du comité de groupe européen.

Selon plusieurs sources, les discussions entre les dirigeants de PSA et de Fiat-Chrysler "avancent bien" mais la place du chinois Dongfeng est le principal sujet de discussion. Son rôle dans l’opération risque d’être un obstacle au feu vert indispensable des autorités américaines, saisies car le nouveau groupe ainsi formé sera présent aux Etats-Unis par l’intermédiaire de Chrysler. Le mariage entre Peugeot et Fiat passera devant le comité pour l’investissement étranger aux Etats-Unis, le "CFIUS" de l’administration américaine. "On sait que le feu vert sera soumis à la validation de Donald Trump lui-même, explique un proche du dossier. Donc il ne faut prendre aucun risque".

Sensibilité de l’accès à l’information

Dongfeng disposera de 6,1% du groupe PSA-FCA. Une participation minoritaire qui ne semble pas poser problème en soi. Mais grâce à laquelle le partenaire chinois peut réclamer un siège au conseil d’administration, d’autant qu’il en dispose de deux actuellement à celui de PSA. C’est précisément la présence d’un administrateur qui pose problème aux autorités américaines. "Elles ne veulent pas que Dongfeng ait accès à de l’information sensible concernant le marché américain en étant au conseil d’administration", décrypte une source. "Il faut donc négocier avec eux pour les convaincre de ne pas y être". Selon plusieurs sources, Dongfeng est prêt à ne pas être présent au conseil pour garantir la réussite de l’opération. Contactée, la direction de PSA n’a pas souhaité commenter.

Mais les discussions actuelles tournent autour des contreparties données en échange de leur sortie du conseil. Selon plusieurs sources, il "s’agit de sujets très opérationnels". La coentreprise entre Peugeot et Dongfeng ne fonctionne pas. Elle n’a vendu que 250.000 véhicules contre un objectif initial d’un million. La question de sa relance ou de son abandon est dans la balance. Ces derniers mois, il était plutôt question de mettre fin à ce partenariat de près de 30 ans entre les deux groupes.

Un beau coup financier?

Des rumeurs d’une sortie de Dongfeng du capital de PSA ont circulé l’été dernier, sans jamais être démenties. Sans présence au conseil d’administration de Peugeot-Fiat, sa participation ne sera plus considérée comme stratégique mais financière. Et sur ce plan, l’investissement de Dongfeng dans PSA est excellent. Ils ont investi 800 millions d’euros en 2013 pour sauver le constructeur français. Leur participation de 12,23% vaut aujourd’hui 2,5 milliards d’euros. 

Plusieurs sources rapportent que le groupe chinois souhaite valoriser ses parts en la vendant. L’accord entre PSA et FCA prévoit d’ailleurs que Dongfeng pourra vendre 2,5% des 6,1% qu’il détiendra dans le futur groupe aux Peugeot. La famille fondatrice rêve de pouvoir monter un peu plus au capital pour rattraper les Agnelli qui détiendront 14% du capital.