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"Nous nous préparons à une disparition du diesel en 2021"

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Le PDG de Plastic Omnium se prépare à tous les scénarios y compris la fin du diesel au niveau mondial dans moins de trois ans. L'équipementier français mise donc sur l’hybride pour les années 2020 et l’hydrogène pour un futur plus lointain.

Plastic Omnium continue de foncer. L'équipementier français a annoncé cette semaine une nouvelle "année record" en 2017 avec un bénéfice net en hausse de 36% à 425 millions d'euros et un chiffre d'affaires qui a progressé de 15% à 8 milliards d'euros.

En 2018, Plastic Omnium doit d'ailleurs se transformer en un équipementier automobile à 100%, après la cession programmée de sa division environnement, principalement des conteneurs à déchets. Un secteur d'activité qui ne représentait plus que 4% du chiffre d'affaires du groupe l'an dernier.

100 millions de véhicules produits dans le monde en 2021

Et ses ambitions sont énormes: 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020. Mais le marché automobile est porteur.

"En 2021, nous allons passer le cap des 100 millions de véhicules produits dans le monde, soit près du double du volume de production de l'an 2000, souligne Laurent Burelle, patron de Plastic Omnium. Cette forte hausse de la production s'est accompagné par un glissement du barycentre industriel: il y a 20 ans, deux tiers des voitures étaient assemblés en Amérique du Nord et en Europe, aujourd'hui ce n'est plus que la moitié et entre 25 et 30% en Chine." 

Ayant fortement investi ces dernières années pour adapter ses usines à ce boom mondial, Plastic Omnium en récolte aujourd'hui les fruits. Mais il faut déjà se préparer au coup d'après, ce qui paraît d'autant plus incertain dans le contexte actuel.

Anticiper la fin du diesel

Premier bouleversement à gérer: la fin du diesel. Pour l'anticiper, Laurent Burelle évoque des "stress tests", ces simulations de chocs économiques pour évaluer la résistance des grandes banques. Sauf qu'ici le jeudi noir serait une interdiction de cette motorisation tant décriée depuis le dieselgate de Volkswagen et des autres marques accusées d'avoir joué avec les normes environnementales:

"Nous nous préparons à une disparition du diesel, avec un scénario extrême qui serait une interdiction au niveau mondial du diesel en 2021", lâche le patron de Plastic Omnium.

Un scénario du pire (ou du meilleur c'est selon) qui reste réaliste tant la remise en cause du diesel a pris de l'importance dans le débat public. Cela reste toutefois trois ans plus tôt que l'interdiction de circuler à Paris, initialement annoncée pour 2020 puis repoussée à 2024. Mais entre interdiction de vendre des véhicules neufs équipés de moteurs diesel et exclusion de la circulation en ville, il pourrait bien y avoir un décalage dans le temps et selon les régions du monde.

En attendant, même dans le diesel, Plastic Omnium profite toujours d'un contexte favorable comme le rappelle Laurent Burelle:

"Même si le diesel baisse dans les ventes, les exigences de réduction augmentent, rendant notre offre de système de dépollution plus pertinente."

L'équipementier fournit en effet des systèmes SCR de dépollution des véhicules diesel, une activité qui a représenté un chiffre d'affaires de 390 millions d'euros en 2017, en hausse de 28%. Une situation qui rappelle celle de son compatriote et concurrent Valeo, également bien armé pour faire face aux nouveaux enjeux sur le diesel.

L'hybride, la vraie star des années 2020

Mais le moteur thermique n'est pas mort. Pour Laurent Burelle, la vraie star des années 2020 sera en effet l'hybride, associant moteurs à essence et électriques: 

"Il y a souvent une confusion en ce moment entre véhicules 100% électriques et hybrides. Au cours des années 2020, c’est bel et bien l’hybride qui va décoller. Avec les difficultés à développer des infrastructures de recharge assez nombreuses et performantes -personne n’est prêt à attendre plus d’une demi-heure que sa voiture se charge- et ce que cela implique dans notre production d’énergie, nous pensons que le 100% électrique représentera au maximum 25% des ventes en 2030, et c’est une prévision optimiste."

Un décollage de l’hybride qui pourrait faire les affaires de Plastic Omnium. L'entreprise dispose en particulier dans son catalogue de réservoirs de carburant adaptés, pouvant résister à davantage de pression avec des arrêts et redémarrages du moteur plus fréquents.

L'hydrogène à partir de 2030

En coulisses, Plastic Omnium se prépare à une autre révolution, celle du véhicule à hydrogène. Sans savoir vraiment si cette technologie pourra ou non s'imposer, le groupe français investit massivement dans la recherche, afin d'être prêt pour le véritable décollage commercial de cette motorisation, anticipé pour 2030.

"Notre ambition est de couvrir l’ensemble de la chaîne, du réservoir à hydrogène à la pile à combustible qui produit l'électricité", résume Jean-Michel Szczerba, codirecteur général du groupe Plastic Omnium. Actuellement cet ensemble coûte entre 10.000 et 20.000 euros à produire, l'objectif serait de descendre entre 4000 à 5000 euros."
"Dans deux ans, on saura si c’est réalisable, il faudra ensuite cinq ans pour construire l’outil de production, complète Laurent Burelle. On veut que les gens puissent s’acheter une Clio à hydrogène et s’en servir aussi facilement qu’une Clio d’aujourd’hui à moteur thermique.

Carrosserie intelligente pour voiture autonome

Et la Clio à hydrogène sera sans doute autonome. Avec la "propulsion propre", la "carrosserie intelligente" représente ainsi l'autre champs de bataille principal de Plastic Omnium. L'idée est en effet de ne plus proposer de simples pièces détachées mais des modules de toit ou de coffre, intégrant de nombreux composants technologiques. Comme pour les motorisations, le groupe doit ainsi anticiper comment évolueront la demande de ses clients, les constructeurs automobiles.

"On ne veut pas être les rois du réservoir et se réveiller un jour entourés uniquement de voitures électriques, ou les rois du pare-chocs et se retrouver dans le monde des voitures autonomes où il n’y aura presque plus de chocs !", ironise Jean-Michel Szczerba.

Plastic Omnium a par exemple investi récemment dans la start-up finlandaise Taktotek, qui travaille sur des nano-capteurs: les capteurs ultrason et radars d’aujourd’hui mais en taille réduite.

"Les antennes pourraient ainsi être imprimées ou injectées directement dans la carrosserie. On est au tout début de cette miniaturisation qui fait suite à celle des transistors", s'enthousiasme Laurent Burelle. 

Des enjeux d'avenir à la hauteur des ambitions de l'entreprise familiale fondée en 1946 par son père, Pierre Burelle. Et de quoi poursuivre encore longtemps son aventure industrielle.

Julien Bonnet