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Le sauvetage déguisé d’Air France

En faisant entrer à son capital les compagnies Delta et China Eastern, le groupe français réalise une indispensable augmentation de capital. Un premier pas vers un inévitable rapprochement.

Air France KLM vient d’engager un tournant décisif de son histoire. La compagnie aérienne a dévoilé une série d’accords stratégiques qui lui permettent de se développer à l’international. Concrètement, elle va racheter 31% de Virgin Atlantic à son fondateur, le britannique Richard Branson. Dans le même temps, l’américain Delta Air Lines et China Eastern Airlines injecteront 375 millions d’euros chacune pour prendre 10% du capital d’Air France KLM.

Preuve de la nécessité de ces augmentations de capital réservées, sur ces 750 millions d’euros, 500 millions seront destinés au désendettement du groupe. Certes, ces deux nouveaux actionnaires lui permettront de développer ses liens commerciaux aux Etats-Unis et en Chine. Mais, sans s’y tromper, ce sont bien Delta et China Eastern qui entrent chez Air France KLM et non l’inverse. Numéro deux mondial du secteur, la compagnie américaine est d’ailleurs au cœur de cet accord.

Début d’adossement à Delta Airlines ?

Son entrée au capital d’Air France KLM sonne comme un début d’adossement. Delta était déjà un centre de profit très fort. A travers leur coentreprise, elle apportait chaque année 10 des 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’Air France! C’est aussi elle qui contrôle Virgin Atlantic dont elle détient déjà 49% du capital. A la faveur du désengagement de Richard Branson au profit d’Air France, Delta en devient le premier actionnaire.

Certes, le groupe dirigé par Jean-Marc Janaillac rééquilibre le rapport de force en faisant entrer China Eastern à hauteur de 10%, autant donc que Delta. L’Etat français voit d’ailleurs sa participation réduire de 17% à 14%. Il n’est ainsi plus seul maître à bord. D’autant moins qu’il fera désormais face à des industriels soucieux de rentabiliser leurs investissements. Dans un "secteur aérien mondial encore très peu consolidé", comme l’a indiqué le directeur financier du groupe, Frédéric Gagey, nul doute que ses participations minoritaires ne sont qu’un premier pas vers une concentration plus forte entre Air France et ses deux nouveaux actionnaires. Reste à savoir de quel côté penchera la compagnie française dans l’avenir.

Matthieu Pechberty