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Le plan de Nicolas Hulot pour faire décoller la filière hydrogène

Nicolas Hulot veut faire de la France un leader mondial de l'hydrogène.

Nicolas Hulot veut faire de la France un leader mondial de l'hydrogène. - Ministère de la transition énergétique

Le ministre de la Transition écologique et solidaire a dévoilé son plan hydrogène avec un investissement de 100 millions d’euros pour favoriser l’émergence de ce "vecteur énergétique" dans l'industrie, l’automobile et les transports. Objectif: faire de la France un leader mondial dans ce domaine et favoriser la production à partir d'énergies renouvelables.

Le gouvernement a lancé un plan de soutien à la filière hydrogène avec l'ambition de faire de la France un "leader mondial de cette technologie encore émergente".

"Un couteau suisse de la transition énergétique"

"L'hydrogène peut devenir une solution majeure pour notre mix énergétique de demain", écrit le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, dans un document détaillant les mesures de ce plan hydrogène.

Lors de la conférence de presse, Nicolas Hulot a présenté l'hydrogène comme "un couteau suisse de la transition énergétique" et mis en avant l'objectif d'augmenter la production sans émission de gaz à effet de serre.

Actuellement "96% de l'hydrogène est produit à partir d'énergie fossile", rappelait la veille Charlotte de Lorgeril, responsable du secteur énergie chez Sia Partners et invitée des Décodeurs de l'Eco sur BFM Business.

Mais l'hydrogène peut aussi être produit à partir d'énergies renouvelables et c'est d'ailleurs tout l'intérêt. Il pourrait en effet servir à "stocker" les excédents générés par l'éolien et le solaire. L'électricité produite en trop est alors utilisée pour le procédé d'électrolyse, qui sépare une molécule d'eau (H2O) en hydrogène (H2) et en oxygène (O). L'hydrogène fait ainsi office de "vecteur énergétique" (il doit être produit et stocké avant d'être utilisé), par opposition à une source d'énergie. 

Nicolas Hulot voit ainsi l'hydrogène comme une solution pour "le stockage à grande échelle des énergies renouvelables" qui pourrait venir "se substituer, petit à petit, au fossile et au nucléaire pour combler les intermittences du solaire et de l’éolien."

5000 véhicules hydrogène en circulation en 2023

Le plan prévoit un investissement de 100 millions d'euros en 2019 pour accompagner les premiers déploiements avec une gestion de ces fonds confiée à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Il met la priorité sur la production d'hydrogène "vert" (qui doit représenter 10% de la production en 2023), la mobilité et le stockage d'énergie dans les zones isolées (dans les départements d'outre-mer notamment).

Un objectif est d'atteindre 5000 véhicules en circulation d'ici 2023, contre un peu plus de 250 actuellement, et d'installer 100 stations de recharge contre une vingtaine aujourd'hui. Puis d'arriver jusqu'à 52.000 véhicules en 2028, surtout des utilitaires (taxis, engins de chantiers, etc.) et des véhicules lourds (bus, cars, camions, etc.).

Hyundai, pionnier dans ce domaine, y travaille depuis 1998. Il commercialisera à partir de septembre son SUV Nexo, disposant de 700 km d'autonomie avec un plein réalisée en trois minutes. Seul problème pour le moment, il y a peu de stations (deux en région parisienne, au pont de l'Alma et à Orly) et le véhicule de la marque coréenne est vendu à environ 70.000 euros, soit 30% plus cher qu'un modèle équivalent.

Pour Lionel French Keogh, directeur général de Hyundai France, l'engagement en termes d'infrastructures de recharge représente un point fort du dispositif. "Cela permet de crédibiliser l'hydrogène comme une solution de mobilité écologique supplémentaire", affirme-t-il. 

Même son de cloche chez Toyota, qui dispose aussi avec sa Mirai d'une première offre de véhicule hydrogène.

"Cela donne une direction à moyen voire à long terme dans la continuité du plan climat annoncé l’an dernier qui fixait l’objectif d’abandon des véhicules 100% thermiques mais sans aborder d’autre solutions que l’électrique à batterie", Sébastien Grellier, porte-parole de Toyota en France. 
"Ce qui est intéressant par rapport à ce qui a déjà été fait en Allemagne dans ce domaine, ou en France dans l'électrique, c'est que ce plan national ne se contente pas de lancer des aides à l'achat ou d’installation de stations et d'attendre de voir l’intérêt du grand public. L'accent porté sur les flottes captives et sur l'ensemble de la filière, production et distribution, va dans le bon sens pour améliorer la rentabilité", poursuit-il.

L'équipementier français Plastic Omnium voit aussi l'hydrogène comme une solution d'avenir, présentant une alternative au diesel en voie de disparition. Le groupe compte investir massivement et anticipait encore en début d'année le décollage de cette motorisation à horizon 2030. 

Une mission parlementaire étudiera aussi les perspectives dans le parc ferroviaire, pour lequel Alstom a mis au point un train à hydrogène. Le plan prévoit qu'un premier train soit homologué pour circuler avant la fin du quinquennat. 

Julien Bonnet, avec AFP