BFM Business

La vérité sur les revenus des chauffeurs Uber

Les chauffeurs ne travaillent plus seulement avec Uber. Depuis la baisse de 20% des tarifs en octobre 2015, ils sont nombreux à travailler pour plusieurs plateformes de VTC.

Les chauffeurs ne travaillent plus seulement avec Uber. Depuis la baisse de 20% des tarifs en octobre 2015, ils sont nombreux à travailler pour plusieurs plateformes de VTC. - Uber

"Selon un rapport, les chauffeurs Uber auraient perçu deux fois le Smic horaire en 2015. Mais en tenant compte du nombre d'heures, des frais et de la baisse de 20% du prix des courses, les recettes fondent de moitié."

Que gagnent vraiment les chauffeurs de VTC qui travaillent avec Uber en France? Pour répondre à cette question, le VTCiste a mandaté deux économistes, Augustin Landier, professeur à l’université de Toulouse, et David Thesmar, enseignant à HEC Paris et pour l’université de Berkeley en Californie, pour estimer l'impact d'Uber en termes d'emplois et de rémunérations.

En 2015, le salaire horaire moyen des chauffeurs s’est élevé à 19,90 euros après déduction de la commission qu’ils versent à Uber. Cette somme est deux fois supérieure au salaire minimum qui est à 9,67 euros. 

"Uber nous a donné accès à des données internes", a précisé Augustin Landier sur BFM Business. "Ils nous ont donné accès aux chiffres anonymisés des chauffeurs qui indiquent le temps durant lequel ils sont connectés à l’appli et combien ils gagnent."

Comme le précisent les auteurs de l’étude, ce montant n’entre pas directement dans la poche des chauffeurs. Ils doivent déduire entre 40 et 50% pour régler les factures d’essence ou de location des véhicules.

Des chauffeurs multi-plateformes par nécessité

Mais surtout, ces données n’indiquent que le revenu provenant d’Uber et chez les VTCistes, rares sont ceux qui ne travaillent que pour une seule plateforme. "Ce que l’on voit dans les données, c’est combien Uber verse à ses chauffeurs", précise Augustin Landier. "Pour aller plus loin, il faudrait avoir accès à la comptabilité de ces chauffeurs. Nous n’avons que les données de Uber, pas celles des autres VTC."

Nous avons donc tenté d’en savoir plus. Sous couvert d’anonymat, plusieurs VTCistes nous assurent que pour améliorer leurs recettes, ils travaillent pour plusieurs plateformes. Et cette activité s'est accélérée depuis la baisse de 20% des tarifs d'Uber en octobre 2015. "Je travaille principalement avec Uber pour les courses dans Paris, mais pour les aéroports, je passe par AlloCab qui fait des réservations", nous a indiqué un chauffeur parisien.

Plusieurs chauffeurs nous ont aussi confié que la clientèle privée se développait en toile de fond. Et pour régler leurs courses qui ne passent pas par les applis, ils acceptent l’argent liquide ou les virements bancaires pour les clients fidèles.

Conséquence, si les chauffeurs travaillent effectivement environ 45 heures par semaine pour Uber, la loi leur permet de travailler jusqu'à 60 heures. Ils effectuent donc une quinzaine d’heures en plus avec d'autres plateformes et même avec leurs propres clients en conservant la tarification moyenne d’Uber.

Si l’on estime qu’ils gagnent autant pour ces 15 heures supplémentaires, ce travail supplémentaire représente un revenu hebdomadaire d’environ 300 euros, soit 1.200 euros par mois. Le revenu mensuel approcherait donc plutôt les 4.800 euros.

Après avoir déduit les commissions et les frais inhérents aux véhicules (entre 40 et 50% du chiffre d'affaires), les chauffeurs multi-cartes gagneraient environ 2.400 euros pour 60 heures par semaine, soit un taux horaire en réalité à peine supérieur au Smic.

Pascal Samama