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La SNCF inaugure sa première ligne ferrée sans cheminots

La ligne de tram-train T11 express a été confiée à Transkéo, une filiale de droit privé de la SNCF. Elle relie la gare du Bourget à celle d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

La ligne de tram-train T11 express a été confiée à Transkéo, une filiale de droit privé de la SNCF. Elle relie la gare du Bourget à celle d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). - Licence Creative Commons 4.0

La ligne de tram-train T11 Express circule depuis le 1er juillet 2017 en Seine-Saint-Denis. Confiée à une filiale de la SNCF de droit privé, ses coûts sont 40% moins élevés que ceux d'une ligne Transilien grâce à la polyvalence de ses agents qui ne bénéficient pas du statut de cheminot.

En ce 1er juillet 2017, pour la première fois, une ligne SNCF du réseau Transilien (Ile-de-France) est exploitée par des salariés de droit privé. Son ouverture commerciale le même jour que celle, en fanfare, de deux LGV (Paris-Rennes et Paris-Bordeaux) amorce un virage stratégique consistant à faire évoluer son "modèle social" historique alors que ses lignes régionales (TER) seront ouvertes à la concurrence d'ici 2023.

C'est le Stif (syndicat des transports d'Ile-de-France) qui avait confié à la SNCF la gestion de la ligne de tram-train T11 Express car elle circule sur des voies ferrées encore sous monopole. Mais l'entreprise publique a ensuite décidé d'en confier l'exploitation à sa filiale Transkéo. Cette société de droit privé a été spécialement créée pour exploiter cette ligne francilienne de 11 km. Elle est détenue par deux autres filiales de la SNCF, Keolis (transport urbain) à 51% et SNCF participations, à 49%.

Les employés de Transkéo sont sous contrat de travail de droit privé

Sur cette ligne de tram-train circulent des rames dérivées du tramway (conçues par Alstom). Elles sont aptes à circuler à la fois sur des voies de tramway et sur le réseau ferroviaire urbain francilien à la vitesse proche de celle d'un train : jusqu'à 110 kilomètres/heure.

La centaine de salariés employés sous contrat de droit privé par Transkéo -des conducteurs et des contrôleurs- ne peuvent pas prétendre au "statut" de cheminot SNCF, qui offre une garantie de l'emploi, un système d'organisation du travail spécifique et un régime spécial d'assurance maladie et de retraite. Ces salariés bénéficient a priori de la nouvelle convention collective nationale du ferroviaire, entrée en vigueur le 1er juillet 2016, comme les nouveaux entrants du réseau ferroviaire français.

Les futurs conducteurs feront aussi de la vente

"Transkéo a des coûts qui sont 40% moins chers que ceux d'une ligne Transilien. Deux tiers de ces 40% correspondent à la nature de la ligne et un tiers de ces 40% correspond à la politique RH et à la polycompétence demandée aux agents" selon le directeur général de SNCF Transilien Alain Krakovitch en présentant la ligne de 11 kilomètres qui relie la gare du Bourget à celle d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Une extension ultérieure est prévue vers Noisy-le-Sec et jusqu'à Sartrouville dans les Yvelines.

Les conducteurs (environ 70 agents) font en effet aussi de "l'information clients" et de la vente et la vingtaine de contrôleurs, de "l'information voyageurs". Une polyvalence que la SNCF n'a pu imposer pour l'instant à ses propres cheminots....

Les conditions sociales et salariales sur cette ligne nouvelle font enrager les syndicats de la SNCF qui parlent de "dumping social". La CGT, l'Unsa, SUD et la CFDT avaient voté contre ces conditions lors d'un comité central du groupe public ferroviaire

La SNCF a contesté les accusations des syndicats. "Il n'y a pas de dumping social", a balayé le directeur général de SNCF Transilien. Les conditions de travail des agents recrutés ne seront pas encadrées par l'accord d'entreprise signé au sein de la SNCF en juin 2016, mais par la convention collective de la branche ferroviaire, une "convention négociée et validée par les organisations syndicales", a souligné Alain Krakovitch.

Des embauches à 17% au-dessus du SMIC, hors primes

"Les salaires et les conditions de travail semblent attractives puisqu'on a reçu 3.500 CV pour 90 postes", a ajouté André Magnon-Pujo, directeur régional de Keolis, précisant qu'il s'agissait de postes en CDI, dont les niveaux de salaires, "hors éléments variables, sont à 17% au-dessus du SMIC et avec les éléments variables, à 67% au-dessus du SMIC". Certaines dispositions vont "au-delà" de la convention collective, a-t-il précisé: "13e mois, majoration de salaire de 30% pour le travail de nuit ou le dimanche".

Le directeur général de Transilien souhaite développer ce modèle pour les tram-train T12 et T13 Express, prévus en Ile-de-France à l'horizon 2021. Les craintes des syndicats de voir le "modèle social" de la ligne T11 Express étendu à d'autres liaisons SNCF seraient-elles fondées ?

Frédéric Bergé avec AFP