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La recette de Taxify pour s'imposer à Paris face à Uber et Chauffeur Privé

L'appli de VTC Taxify a été activée ce jeudi 5 octobre. La start-up estonienne compte s'imposer à Paris en affrontant Uber et Chauffeur Privé. Un pari audacieux que les taxis parisiens observent avec méfiance.

Pour Taxify, le 5 octobre restera une date à marquer d'une pierre blanche. Même si la start-up estonienne est déjà active dans près d'une vingtaine de pays, c’est le jour qui marque le lancement de son activité à Paris, avec l'ambition de devenir le leader européen du VTC. Pour réussir, ses fondateurs, Martin et Markus Villig, deux frères de 38 et 23 ans, ont étudié au détail près les modèles des concurrents, ceux des deux leaders (Uber et Chauffeur Privé), mais aussi celui de Marcel. Ils auraient déjà séduit 5000 chauffeurs franciliens avec pour principaux arguments la possibilité d’accepter les paiements en liquide, et une commission de 15%, la même que chez Marcel, mais très en-dessous de celle des deux autres qui est supérieure à 20%.

"C’est un levier important qui nous permet d’attirer des chauffeurs, car ils gagneront mieux leur vie et pourront permettre d’en faire profiter les clients avec des tarifs de course moins élevés", a confié Markus Villig, fondateur et CEO de Taxify, à BFMBusiness.com.

Pour travailler avec sa plateforme, aucune contrainte vestimentaire n'est exigée. "Il faut seulement avoir une tenue correcte et que les véhicules soient propres", précise-t-il. Et si un client montre son mécontentement en attribuant une mauvaise note au chauffeur, aucune sanction ne sera prise sans avoir entendu la personne concernée. "Nous ne couperons pas l’appli au premier problème, mais nous ferons des avertissements et si les problèmes sont récurrents, nous prendrons des mesures".

Enfin, pour son lancement, la start-up offre aux clients une remise de 50% qu'elle paiera de sa poche. "Les chauffeurs toucheront la totalité de la course", nous a assuré Markus Villig.

Pour que ce modèle soit rentable, Taxify s'appuie sur un allié de poids: Didi Chuxing, la licorne chinoise qui est en seconde place derrière Uber au classement des sociétés non cotées, avec une valorisation de 50 milliards de dollars contre 68 milliards pour Uber. Malgré cet appui, la start-up revendique néanmoins son essence européenne. "Nous ne sommes pas une entreprise chinoise, mais européenne. Didi détient moins de 20% de notre capital, les autres actionnaires sont tous européens", précise Markus Villig qui rappelle aussi un autre pont important. Taxify n’est pas une entreprise de transport, mais un éditeur de logiciel qui propose sa technologie aux professionnels en règle avec les autorités, qu’ils soient VTC ou taxi.

Une plateforme technologique européenne

Ce détail a de l’importance, notamment pour les autorités britanniques. Début septembre, le service a été interrompu à Londres par le régulateur, Transport for London (TfL), trois jours après son lancement comme le rapporte The Telegraph. Le régulateur reproche à Taxify d’avoir obtenu une licence via la société City Drive Services tout en restant l’opérateur principal, mais sans l’afficher clairement. Le dossier est épineux et va encore prendre quelques mois pour être résolu, mais Markus Villig est confiant. "L'appli sera active à Londres en 2018", nous a-t-il assuré sans plus de précision.

À Paris, ce problème ne se posera pas. Markus Villig envisage même d’étendre son service à d’autres villes de France dès l'an prochain. Mais il reste encore à connaître la réaction des représentants des taxis. Comme nous l'a dévoilé Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des Taxis, l'appellation "taxi" est réglementée et pour l'utiliser, les véhicules doivent être équipés d’un lumineux, d’un taximètre et détenir une autorisation de stationnement. "C'est une usurpation et une utilisation abusive qui va créer un trouble chez le consommateur", nous a déclaré le patron de l’UNT en précisant qu’il comptait faire appel à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Un problème que Markus Villig élude d'un revers de la main: "Nous sommes une plateforme technologique et nous fournissons nos services aux VTC aussi bien qu’aux chauffeurs de taxi".

Pascal Samama