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Face au risque de crue, la RATP déclenche son plan de prévention

Le métro parisien, bientôt sous les eaux?

Le métro parisien, bientôt sous les eaux? - Jacques Demarthon - AFP

La crue de la Seine, qui doit atteindre son pic dans la nuit de vendredi à samedi, pourrait bien menacer le métro parisien. La RATP a décidé de déployer son plan d'urgence contre l'inondation du réseau intra-muros, qui consiste à protéger 400 points d'infiltration potentielle, en un minimum de temps.

La RATP l'avait annoncé, et elle vient de passer à l'acte. La régie des transports parisiens a déclenché vendredi un plan dantesque pour protéger son réseau. Alors que le pic de crue de la Seine, après plusieurs jours de pluies exceptionnelles, est attendu dans la nuit de vendredi à samedi à Paris, avec 6,10 voire 6,40 mètres de hauteur d'eau, la question de la protection du réseau de transports se pose plus que jamais. La première conséquence a eu lieu jeudi, avec la fermeture du tronçon central de la ligne C du RER, décidée par la SNCF. Les stations de métro Saint-Michel (ligne 4) et Cluny-La Sorbonne (ligne 10) ont également été fermées.

Même si la montée du niveau de l'eau a quelque peu ralenti dans l'après-midi, l'ensemble du réseau de métro et RER intra-muros pourrait être menacé. Une éventualité face à laquelle la RATP a donc réagi, en exécutant son plan dédié.

Un plan d'urgence déclenché au vu des prévisions

Car la Régie autonome des transports parisiens garde en tête le désastre de la crue de 1910, qui avait inondé 25 km de tunnels sur les 80 que comptait le métro à cette époque. Quatre mois de travaux avaient été nécessaires pour remettre en état le réseau. Un scénario inenvisageable en 2016.

"On a aussi beaucoup appris de l'inondation du réseau du métro de Prague par la Vltava, en 2002, au cours de laquelle 17 km de tunnels avaient été noyés. L'addition s'était élevée à 300 millions d'euros", explique un porte-parole de la RATP, joint par BFMTV.com. "Si l'on ne protégeait rien, 140 km de tunnels du métro et RER parisiens seraient inondés, sur 322", précise-t-il. Et la facture de remise en état s'élèverait à 3 milliards d'euros.

Pour parer à un tel scénario catastrophe, la RATP travaille en étroite collaboration avec Vigicrues, pour surveiller la montée des eaux.

Le seuil critique fixé à 6,60 mètres

Trois camions transportant du matériel destiné à édifier des protections à l'abord des stations de métro sont en cours d'acheminement ce vendredi, en fin d'après-midi, et d'autres semi-remorques sont prêts à partir chez les fournisseurs de la RATP. Tout ce matériel sera utilisé si le niveau de la Seine atteint les 6,60 mètres dans le cadre du fameux PPRI, Plan de protection contre le risque d'inondation, qui vise à protéger le réseau de tout risque d'envahissement par les eaux.

Au total, 400 points d'infiltration potentiels du réseau ont été recensés dans la capitale, aussi bien des bouches de métro, que des grilles d'aération situées sur les trottoirs, mais aussi des points de ventilation. "Toute ouverture vers la voirie représente un risque", explique-t-on à la RATP. Les stations situées aux abords de la Seine sont évidemment les plus menacées.

Parpaings, bétonnières et truelles

L'objectif du plan d'urgence de la RATP consiste donc à rendre étanches ces 400 points d'infiltration, par un système de murets renforcés. Ainsi, tout le matériel nécessaire aux travaux est stocké dans trois entrepôts dont la localisation est tenue secrète.

Plus de 50.000 parpaings, mais aussi des planches d'aluminium, du mortier, des joints d'étanchéité, des brouettes, des bétonnières, des groupes électrogènes, et autres pelles, truelles, et outils de chantier divers, sont prêts à être déployés sur sept zones de stockage temporaires, et ensuite disséminés sur les 400 zones d'intervention. Au total, 6 millions d'euros de matériel ont été accumulés en dix ans par la RATP. 

Quatre jours de travaux pour protéger le réseau

800 agents de maintenance, formés en maçonnerie, seront chargés de construire des murets allant jusqu'à 1,50 mètre de hauteur autour des entrées de métro, en commençant par celles situées le plus près du fleuve, mais aussi de boucher les grilles d'aération, et de couper l'électricité.

"Nous avons calculé que quatre jours de travaux sont nécessaires pour que tout soit construit au sec", explique la RATP à BFMTV.com. "Une fois la décrue terminée, il faudrait ensuite un jour pour tout déconstruire et évacuer les gravats". 

En revanche, aucune intervention n'aurait lieu à l'intérieur des stations. Si des infiltrations venaient toutefois à se produire dans le métro, un système de pompage forcé pourrait être mis en place. 

Hasard du calendrier, un entraînement grandeur nature à cette gestion du risque de crue a été réalisé il y a trois mois, au début du mois de mars, avec la construction de remparts autour des stations Invalides et Sully-Morland.