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Crash A320: vers une nouvelle règle imposant deux personnes dans le cockpit

Un appareil de la compagnie low cost Easyjet, au décollage. (Illustration)

Un appareil de la compagnie low cost Easyjet, au décollage. (Illustration) - Philippe Hugen - AFP

Après que trois premières compagnies aériennes ont annoncé dès jeudi l'obligation d'une présence permanente de deux personnes dans les cockpits de leurs appareils, plusieurs pays et compagnies, dont Air France, ont adopté cette même mesure. Ainsi le Canada, l'Autriche et l'Allemagne. L'Union européenne l'envisage aussi. Une précaution qui aurait peut-être pu empêcher le crash d'un A320 de Germanwings.

Imposer deux personnes dans le cockpit va-t-il devenir une nouvelle règle du secteur aérien? Deux jours à peine après le crash de l'A320 de Germanwings qui a coûté la vie à 150 personnes, trois compagnies aériennes ont décidé jeudi d'imposer la présence permanente de deux membres d'équipage dans les cockpits de leurs avions. Une initiative suivie dès vendredi par d'autres compagnies, mais aussi imposée par une nouvelle réglementation de certains pays et maintenant envisagée par l'Union européenne. L'Agence européenne de la sécurité aérienne a dit vendredi qu'elle recommande aussi cette précaution.

Air France et KLM, après avoir réservé leur décision pour ne pas agir dans la précipitation, ont finalement décidé de "mettre en oeuvre dans les meilleurs délais" cette double présence dans les cockpits.

"Accélérer les choses"

Au moins cinq compagnies aériennes ont adopté la mesure. Cette mesure, présagent Easyjet, Norwegian Air Shuttle et Air Transat, pourrait aider à prévenir les crashs du type de celui qui a eu lieu dans les Alpes, mardi. Andreas Lubitz, Le copilote de l'appareil, est soupçonné d'avoir délibérément fait plonger l'appareil sur le relief. "On discute de cela depuis longtemps, mais cet épisode a accéléré les choses", a confié un responsable des opérations de vol de la Norwegian. C'est le moins que l'on puisse dire puisque pour ces trois compagnies, cette mesure doit être appliquée dès ce vendredi.

Le français Corsair International et le britannique Thomson Airways ont aussi annoncé vendredi avoir pris la décision de maintenir une présence obligatoire de deux personnes dans le cockpit de leurs avions. De même Swiss (filiale de la Lufthansa, AirBaltic (Lettonie), et Icelandair.

Le Canada, l'Allemagne et l'Autriche y sont aussi favorables. Le gouvernement canadien a annoncé dans jeudi soir qu'il rendait obligatoire la présence de deux personnes dans le cockpit pour toutes ses compagnies. La fédération allemande du secteur aérien (BDL) a également annoncé jeudi soir vouloir à l'avenir imposer cette règle. L'Autriche a annoncé qu'elle adoptait une telle mesure vendredi à la mi-journée.

Deux compagnies japonaises s'y refusent. Les deux principales, ANA et JAL, ont indiqué vendredi ne pas envisager une telle mesure à ce stade.

La réglementation européenne n'impose rien

En dépit des demandes répétées des syndicats de pilotes de ligne, la réglementation aérienne en Europe n'impose pas la présence d'un membre de l'équipage lorsque l'un des pilotes quitte le cockpit, mais stipule que ces derniers demeurent à leur poste tout au long du vol sauf cas de force majeure. "La réglementation de l'Autorité européenne de sécurité aérienne n'impose pas que le pilote soit remplacé par un membre d'équipage lorsqu'il quitte le cockpit", a indiqué un porte-parole de l'EASA (European Aviation Safety Agency).

"Elle prévoit que les pilotes sont tenus de demeurer dans le cockpit tout au long du vol, sauf en cas de besoin physiologique", a-t-il ajouté, en précisant que cela doit leur permettre d'aller aux toilettes ou de se reposer sur les longs courriers, auquel cas un troisième pilote compose l'équipage. En revanche, les textes imposent que "celui qui reste dans le cockpit soit un pilote qualifié".

Aux États-Unis, la réglementation de la Federal Aviation Authority (FAA) va plus loin et stipule que deux personnes doivent en permanence être présentes dans le cockpit. Pilote et copilote doivent y demeurer du décollage à l'atterrissage et durant le vol, sauf si l'un d'eux doit en sortir "pour réaliser des tâches en liaison avec les opérations de l'appareil (ou) pour des besoins physiologiques", selon les textes de la FAA.

Imposer un pilote remplaçant, la solution?

Si un pilote remplaçant est disponible, ce dernier doit alors prendre place dans le cockpit afin de permettre au pilote ou au copilote de se reposer, ce qui est une pratique commune sur les longs courriers intercontinentaux.

Selon le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, en charge de l'enquête judiciaire autour du crash de l'A320 de Germanwings, le pilote était sorti du cockpit au moment du crash.

Lorsqu'il a voulu revenir à son poste, le copilote n'a pas désactivé le système de verrouillage automatique de la porte du cockpit, l'empêchant de retourner aux commandes de l'appareil.

Cette mesure sera-t-elle suffisante?

En Europe, rares étaient les compagnies qui appliquaient déjà cette mesure avant le crash. Parmi elles, la finlandaise Finnair: "Le manuel prévoit déjà deux personnes en permanence dans le cockpit. Si un pilote veut s'absenter, un autre membre de l'équipage doit obligatoirement venir", a expliqué une porte-parole, Päivyt Tallqvist. De même pour la low cost irlandaise Ryanair et la compagnie espagnole Iberia, chez lesquelles, lorsqu'un pilote sort du cockpit, un membre de l'équipage s'y rend.

Interrogé sur la question, le patron de Lufthansa Carsten Spohr s'est contenté d'indiquer que "ce n'est pas prévu en Europe et en Allemagne, dans le monde il y a très peu de compagnies qui font cela."

Pour autant, une telle mesure ne serait pas suffisante pour se prémunir totalement, a estimé Ilja Schulz, le président du syndicat allemand des pilotes Cockpit, à l'agence DPA. "C'est une idée qui est évoquée par beaucoup. Mais cela ne garantirait pas non plus 100% de sécurité, parce qu'un collègue pourrait alors en terrasser un autre dans le cockpit", a-t-il déclaré.

Et si de nouvelles procédures devaient être adoptées, il faudrait qu'elle le soient "pas juste par la compagnie (aérienne), mais de manière obligatoire par les autorités" de régulation, a-t-il estimé.

D. N. avec AFP