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WeWork: IPO enfin programmée sur fond de questions sur la rentabilité

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- - Timothy A. CLARY / AFP

Adam Neumann, dont la gouvernance est contestée, a annoncé sa démission du poste de directeur général. La date de l'introduction n'est néanmoins toujours pas fixée.

Rarement une introduction en bourse s'est présentée sous d'aussi mauvais auspices. Après un précédent report, WeWork a enfin déposé mercredi auprès du gendarme américain des marchés financiers les documents détaillant son projet de solliciter les investisseurs à la Bourse de New York.

À ce stade, le géant américain du co-working n'a toutefois pas indiqué quand il prévoyait de sauter le pas, ni la somme qu'elle souhaitait lever. Selon certains médias, The We Company (la maison mère de WeWork) vise entre 3 et 4 milliards de dollars. Pour rappel, le groupe compte désormais 527.000 membres et gère 528 sites dans 111 villes à travers 29 pays.

Ce retard à l’allumage est du notamment aux multiples pression du conseil d’administration à l’encontre du directeur général Adam Neumann, également co-fondateur de la firme, qui a fini par démissionner.

"Même si notre activité n'a jamais été aussi solide, l'attention portée à mon égard ces dernières semaines est devenue une distraction importante et j'ai décidé qu'il était dans le meilleur intérêt de l'entreprise que je quitte mes fonctions de directeur général", a-t-il déclaré.

Comportement fantasque

Outre un comportement jugé fantasque, le directeur général est critiqué pour certaines manœuvres comme celle consistant à investir à titre personnel dans des immeubles qu'il louait ensuite à WeWork.

Il sera remplacé par Artie Minson, ancien directeur financier du groupe, et Sebastian Gunningham, qui se partageront le poste de directeur général. Adam Neumann gardera toutefois sa casquette de président du conseil d'administration, avec la faculté d'exercer la majorité des droits de vote sur les décisions stratégiques, a annoncé la société dans un communiqué.

À l'approche de son entrée en Bourse, la société de bureaux partagés s'est également retrouvée confrontée au scepticisme croissant des marchés financiers sur son modèle économique. Et a dû rassurer les investisseurs.

Car si ses revenus ont quadruplé entre 2016 et 2018, pour atteindre 1,8 milliard de dollars, le groupe a aussi perdu 1,9 milliard de dollars l'an dernier, en raison d'investissements massifs, met en avant WeWork qui précise bénéficier d'une ligne de crédit de 6 milliards de dollars accordée il y a un mois par plusieurs banques.

L'absence de rentabilité commence à lasser

Sur les six premiers mois de l’année 2019, la perte atteint déjà de 904 millions de dollars pour des revenus en hausse à 1,5 milliard.

Il y a aussi le douloureux souvenir des mésaventures de l'ex-Regus. Devenu IWG et coté à Londres, ce géant des espaces et de travail et des bureaux partagés avait failli disparaître après l’explosion de la bulle internet en 2001. IWG est aujourd’hui rentable, et affichait l’année précédente un chiffre d’affaires deux fois plus élevé que celui WeWork… mais le groupe n’est aujourd’hui valorisé que 3,54 milliards de livres en Bourse (équivalent à 4,4 miliards de dollars).

Bref, l'IPO de WeWork s'annonce moins triomphante que prévu. Les marchés ne sont plus aussi indulgents. Les entrées en Bourse des deux géants Uber et de Lyft, au printemps, avaient été particulièrement tumultueuses. Les investisseurs, doutant de leur capacité à atteindre rapidement la rentabilité, se sont montré frileux.

Aux mêmes maux, les mêmes conséquences ?

OC avec AFP