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WeWork: chronique d'une entrée en Bourse sous tension?

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- - Timothy A. CLARY / AFP

Spécialiste du « coworking », l’entreprise newyorkaise prépare son introduction en Bourse mais les interrogations sur son modèle économique sont loin de rassurer les investisseurs.

WeWork s’apprête à pousser la porte de Wall Street. La pépite américaine, à la recherche d’argent frais, prépare activement son entrée en Bourse. Officiellement rebaptisée The We Company en janvier dernier, l’entreprise a bousculé le marché de l’immobilier de bureau depuis ses premiers pas dans le monde du « coworking », les bureaux partagés, près de dix ans plus tôt. Le groupe gère désormais près de 500 sites, le plus souvent des étages entiers qu’il aménage et sous-loue, dans une trentaine de pays. Pour l’heure, sa valeur approcherait 50 milliards de dollars.

Cafés gratuits, cloisons vitrées, canapés, design industriel et couleurs vives : tout est pensé pour séduire les « millenials » adeptes des bureaux partagés et des nouvelles technologies – indépendants ou non. Si, dans ses premières années, l’entreprise avait su attirer les néo-entrepreneurs, elle mise aussi, désormais, sur les grandes entreprises, promettant de prendre en charge toute l'intendance, de la connexion internet au ménage. Les sociétés de plus de 500 salariés, dont les géants Microsoft, HSBC ou Facebook, représentent aujourd’hui 40% de ses 527.000 membres.

Une IPO alléchante en vue pour les investisseurs ? Rien n’est sûr. Ses revenus ont certes quadruplé entre 2016 et 2018, pour atteindre 1,8 milliard de dollars, mais ses pertes restent abyssales. WeWork perdait pas moins de 1,9 milliard de dollars l’année dernière, laissant de sérieux doutes sur son modèle économique. D’autant que les propriétaires, craignant que les locaux ne se vident rapidement en cas de récession, se montrent encore réticents à louer leurs espaces à l’entreprise newyorkaise.

Ravivant, sur le marché immobilier, le souvenir des mésaventures de l’ex-Regus. Aujourd’hui renommée IWG, ce géant des espaces et de travail et des bureaux partagés avait failli disparaître après l’explosion de la bulle internet en 2001. Il est aujourd’hui rentable, et affichait l’année précédente un chiffre d’affaires deux fois plus élevé que WeWork… mais le groupe n’est aujourd’hui valorisé que 4 milliards de dollars en Bourse.

Les investisseurs prudents

Les « licornes » de la tech américaine se bousculent au portillon, mais les marchés ne sont plus aussi indulgents qu’ils ne l’ont été par le passé. Les entrées en Bourse des deux géants Uber et de Lyft, au printemps, avaient été particulièrement tumultueuses. Les investisseurs, doutant de leur capacité à atteindre rapidement la rentabilité, se sont montré frileux. Au contraire, par exemple, de la startup vegan Beyond Meat, pas encore rentable mais au rythme de croissance exponentiel, qui a presque quadruplé son prix d'introduction depuis le mois de mai.

WeWork, de son côté, assure ses arrières. L’entreprise, qui a aussi investi dans d’autres secteurs porteurs comme l’éducation ou la location d’appartements, y tient : ses pertes sont des investissements nécessaires à son développement. Plusieurs grandes banques internationales, rappelle le groupe, lui ont accordée en août une ligne de crédit de 6 milliards de dollars. Aucune date n’a été donnée pour son entrée à Wall Street, mais cette dernière est attendue à la fin de l’année ou, au plus tard, au début de l’année prochaine.

La rédaction