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Sur le site des impôts, une vidéo envoie nos données personnelles chez Google

Une vidéo d'explication du prélèvement à la source doit être consultée pour accéder au site.

Une vidéo d'explication du prélèvement à la source doit être consultée pour accéder au site. - impots.gouv.fr

Une courte vidéo de présentation du prélèvement à la source, hébergée par YouTube, a été rendue obligatoire pour déclarer ses revenus.

Elle sera incontournable pour valider votre déclaration de revenus. La direction générale des finances publiques (DGFiP) s'en est remise à YouTube pour héberger une vidéo d'information sur le prélèvement à la source. Cette dernière constitue pour le moment un passage obligé pour accéder au site et déclarer ses revenus.

La vidéo passe en revue le fonctionnement du prélèvement à la source selon chaque situation (employé, retraité ou autres) et a pour l'heure été visionnée plus de 4,5 millions de fois. Au même titre que toute vidéo hébergée par YouTube, ce contenu permet à la plateforme, et donc à Google, de recueillir des données personnelles sur les internautes. Pour rappel, Google permet à chaque utilisateur d'accéder aux paramètres de gestion de ses données via la page Mon compte.

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Parmi les données collectées, l'heure et la durée de connexion sur le site ainsi que les vidéos consultées par la suite sur YouTube. "Si la personne est connectée sur un compte Google, il est possible de faire le lien avec son identité", explique David Legrand, du site spécialisé NextInpact, qui a rapidement découvert le problème. Le moteur de recherche peut alors associer les données collectées à l'agenda ou encore à l'historique complet de recherche d'un internaute. "Il n'y a aucun risque de confidentialité sur les données fiscales des usagers dans l'utilisation qui est faite de ces plate-formes sociales", précise la DGFiP dans un communiqué.

Un défaut de consentement

En pleine affaire Cambridge Analytica, et à quelques semaines de l’entrée en vigueur du règlement européen sur la protection des données personnelles, l’initiative de la DGFiP a de quoi surprendre. Le service de communication de Bercy justifie le choix de YouTube par "sa capacité à supporter un très grand nombre de connexions simultanées", rapporte Le Point. Le service précise que les seules soixante premières secondes du premier visionnage sont incontournables.

"Il est étonnant que le gouvernement ne dispose pas de ressources internes pour diffuser ce genre de contenus", complète David Legrand. "Faire appel à YouTube par facilité, c’est accepter la politique d’une entreprise privée et se rendre dépendant de l’exploitation des données."

Surtout, la DGFiP n'a pas utilisé le mode de "Confidentialité avancée" proposé pour YouTube, alors même que ce dernier a pour vocation de limiter l'exploitation des données.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech