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Smartphones : Google prive Huawei d’Android

Huawei P20 Pro

Huawei P20 Pro - LM-01net.com

Nouvel acte dans la guerre que se livrent les Etats-Unis et la Chine autour de l’équipementier télécoms jugé à risque. Huawei ne pourra plus utiliser le système d’exploitation de Google et ses services qui équipent 80% des smartphones de la planète.

C’est une décision sans précédent. L'américain Google, dont le système mobile Android équipe l'immense majorité des smartphones dans le monde, a indiqué dimanche commencer à suspendre ses relations avec le chinois Huawei, qui fait partie des entreprises jugées « à risque » par Washington.

La semaine dernière en effet, Donald Trump a signé un décret interdisant aux groupes américains de commercer dans les télécommunications auprès de sociétés étrangères jugées dangereuses pour la sécurité nationale, une mesure qui cible notamment et essentiellement Huawei, le géant chinois des télécommunications, bête noire de Washington.

Si les opérateurs sont les premiers concernés (pour les déploiements de réseaux 4G et 5G), d’autres acteurs américains collaborent avec Huawei, notamment Google qui lui fournit Android, le système d’exploitation qui équipe 80% des smartphones de la planète. Or, Huawei est le numéro 2 mondial du secteur et tous ses terminaux sont animés par Android.

Sans précédent

« Nous nous nous plions à ce décret et examinons ses implications », a indiqué Google dans un courriel à l'AFP.

Concrètement, Google a annulé la licence d’exploitation d’Android à Huawei. Ce dernier ne pourrait donc plus mettre à jour les applications incluses dans Android comme Gmail, YouTube ou Maps ou Android en lui-même. Pire, il ne pourrait plus utiliser le système pour ses prochains terminaux. Les utilisateurs n’auront plus accès aux applications Google dans les futurs smartphones de la marque.

Et cette décision concerne le monde entier, sauf la Chine où les services de Google sont censurés par les autorités.

Les restrictions de Google ne s’appliquent pas aux smartphones et tablettes existants qui pourront continuer à bénéficier des mises à jour via Google Play. Huawai ajoute qu'il allait continuer à fournir des mises à jour et des services après vente à tous les smartphones et tablettes de ses marques Huawei et Honor.

« Pour les questions des utilisateurs de Huawei concernant les mesures que nous avons prises pour nous conformer aux récentes actions du gouvernement américain : nous vous assurons que pendant que nous nous conformons à toutes les exigences du gouvernement américain, les services tels que Google Play et la sécurité de Google Play Protect continueront à fonctionner sur votre appareil Huawei existant », a commenté Google.

Les conséquences de cette décision pourraient être catastrophiques pour le géant chinois. Sans Android, le fabricant pourrait voir ses ventes chuter brutalement alors qu’il connaît une croissance sans précédent. Au premier trimestre, dans un marché mondial en recul, Huawei a ainsi vu ses ventes bondir de 50% avec une part de marché se hissant à 19%, 4 points derrière le leader mondial Samsung. En 2018, il a vendu dans le monde plus de 200 millions de terminaux.

OS maison

Quelles sont alors les options pour Huawei ? Etant donné que l’administration américaine n’a jamais apporté de preuve quant à l’espionnage présumé de Huawei, ce dernier pourrait contester ces décisions en justice.

Le groupe avait ainsi fait savoir que ces « restrictions déraisonnables empiéteront sur les droits de Huawei » et met en garde Washington contre « une atteinte » aux relations commerciales. Pour beaucoup, il s’agit surtout d’un nouvel acte dans la guerre commerciale que se livre les deux pays et dans le domaine de la téléphonie mobile, la Chine devance les Etats-Unis tant dans les équipements réseau que dans les terminaux (smartphones).

La Chine pourrait ainsi prendre de nouvelles mesures de rétorsion contre les Etats-Unis en menaçant par exemple de taxer voire d'interdire la production d'iPhone sur son territoire.

Huawei pourra également utiliser la version open source d’Android dénommée Android Open Source Project (AOSP), sorte de version « nue » d’Android mais ni le magasin d’applications Google Play ni les principaux services Google ne pourront être installés.

Huawei pourrait également accélérer ses développements autour d’un système d’exploitation maison. On sait en effet que le groupe planche depuis des années sur une alternative en cas justement d’interdiction.

« Nous avons préparé notre propre système d'exploitation. S'il arrivait un jour que nous ne puissions plus utiliser ces systèmes, nous serions prêts. C'est notre plan B. Mais bien sûr, nous préférons travailler avec les écosystèmes de Google et de Microsoft » déclare en mars dernier Richard Yu, patron de la division grand public de la firme.

Pour autant, ces deux dernières solutions resteraient incomplètes dans le sens où elles ne permettraient toujours pas d’accéder aux services de Google qui sont au cœur des usages des mobinautes aujourd’hui.

Bref, cette décision historique de Google devrait plomber quelque peu l’objectif de Huawei de devenir le numéro un mondial des smartphones d’ici 2020.

Des conséquences pour Google aussi

Et la situation pourrait devenir encore plus compliquée puisque selon Bloomberg News, citant des personnes proches du dossier, Intel, Qualcomm ou encore Broadcom ont informé leurs employés qu'ils cesseraient de fournir Huawei en puces jusqu'à nouvel ordre.

Compte tenu de la "très forte dépendance" du leader chinois à l'égard du marché américain des semi-conducteurs, une telle suspension des livraisons pourrait "obliger la Chine à retarder la construction du réseau de la 5G jusqu'à ce que l'interdiction soit levée", estime Ryan Koontz, analyste chez Rosenblatt Securities. 

Pour Google également, la décision de couper les ponts avec Huawei pourrait avoir un impact. Etant donné que son modèle économique est basé sur la captation des données des utilisateurs à travers ses applications, une coupure avec Huawei pourrait faire perdre à Google l'accès à des données essentielles de centaines de millions d'utilisateurs Huawei. Et donc lui faire perdre de substantiels revenus publicitaires.

Olivier CHICHEPORTICHE