BFM Business

Retour à 3 opérateurs télécoms: quel impact pour le consommateur?

L'iPhone d'Apple.

L'iPhone d'Apple. - Kārlis Dambrāns / Flickr

Le rapprochement entre Bouygues et Orange réduirait le nombre d'opérateurs de 4 à 3. UFC-Que Choisir redoute cet affaiblissement de la concurrence. Cela dit, en Europe, les fusions passées n'ont pas induit de hausse de prix systématique pour le consommateur.

Le rapprochement à l'étude entre Bouygues et Orange va-t-il réduire l'intensité de la concurrence dans les télécoms en France? La grande crainte des consommateurs est que la réduction du nombre d'opérateurs entraîne inéluctablement une future hausse des prix des forfaits.

"Pour la première fois depuis 2011, le marché de la téléphonie mobile serait caractérisé par seulement trois opérateurs, soit une configuration qui faisait de la France le pays où les prix des abonnements étaient 25% plus élevés que la moyenne européenne et qui avait donné lieu à des pratiques sévèrement condamnées par le Conseil de la concurrence!" prévient l'UFC-Que Choisir.

Réagissant officiellement au projet de rapprochement entre Bouygues et Orange, l'association de consommateurs enfonce le clou: "Cette opération aboutirait à réduire également à trois le nombre de fournisseurs d’accès à l’Internet fixe, en faisant, qui plus est, disparaître l’acteur jouant depuis peu le rôle d’agitateur du marché. La redistribution des parts de marché pourrait aboutir à ce qu’aucun acteur ne conserve une stratégie de conquête de clients, condition pourtant nécessaire à une concurrence par les prix propre à libérer du pouvoir d’achat pour les consommateurs".

Soucieux de désamorcer ce sujet épineux, Stéphane Richard, sur l'antenne de RTL, a déclaré: "En aucune manière, si rapprochement il devait y avoir entre Orange et Bouygues Telecom, ça ne se traduirait par une augmentation des prix, la question n'est pas là".

UFC-Que Choisir en appelle aux autorités de régulation

Il n'empêche. L'association de consommateurs en appelle déjà aux autorités de régulation compétentes (Commission européenne, Autorité de la concurrence, ARCEP), pour "imposer toutes les mesures garantissant aux consommateurs le maintien sur le long terme d’une réelle intensité concurrentielle".

Ces craintes réelles sont-elles justifiées alors que, partout en Europe, s'accélère la concentration dans les télécoms? Dans une note publiée fin 2014 à propos de la fusion réalisée par SFR et Numericable, la banque Natixis expliquait: "Il nous paraît difficilement envisageable qu’une consolidation conduise à une hausse systématique des tarifs. Elle devrait néanmoins réduire l’intensité concurrentielle, les promotions plus ou moins récurrentes et les dépenses marketing des opérateurs".

Trois pays (Autriche, Irlande, Allemagne) ont déjà précédé la France sur la voie d'une réduction du nombre de leurs opérateurs fixes et mobiles. L'Autriche est souvent citée comme un cas emblématique par les détracteurs de la concentration du marché. Dans ce petit pays, le passage, début 2013, de quatre à trois opérateurs -Orange ayant cédé sa filiale locale- a effectivement provoqué une hausse des prix des forfaits mobiles dans un contexte de tarifs historiquement bas.

En Allemagne, Telefonica a dû céder des fréquences

En Autriche, Bruxelles avait pourtant imposé à l'acquéreur d'accueillir sur son réseau, des opérateurs mobiles virtuels de type MVNO (mobile virtual network operator) à un prix fixé par le gendarme des télécoms... mais aucun de ces nouveaux opérateurs ne s'est porté candidat pour animer la concurrence dans ce pays.

Pour éviter que le scénario autrichien se reproduise, les autorités européennes de la concurrence, lorsqu'elles sont sollicitées pour valider une fusion entre opérateurs mobiles, imposent désormais une condition préalable aux acquéreurs: ceux-ci doivent s'engager à signer des accords avec des opérateurs mobiles virtuels (MNVO) pour attiser la concurrence.

En Allemagne, Telefonica (déjà propriétaire d'O2) a ainsi été autorisé en juillet 2014 à racheter son concurrent E-Plus, à la condition expresse de céder des fréquences à des opérateurs mobiles virtuels existants ou entrants. En agissant ainsi sur le maintien d'une réelle pression concurrentielle, Bruxelles entendait peser indirectement sur le niveau des prix en Allemagne. À ce jour, il est encore tôt pour constater une éventuelle hausse des prix des forfaits mobiles en Allemagne consécutive à la réduction du nombre d'opérateurs de 4 à 3.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco