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Deux profils d'opérateurs télécoms se dessinent pour la France

Pour la majorité des personnes interrogées en France par le cabinet AT Kearney, le prix ou la qualité de réseau restent en effet les principaux critères d'achat (32% chacun).

Pour la majorité des personnes interrogées en France par le cabinet AT Kearney, le prix ou la qualité de réseau restent en effet les principaux critères d'achat (32% chacun). - Bertrand Langlois-AFP

Pour AT Kearney, le marché français verrait coexister deux "modèles" d'opérateurs: celui qui fournit des connexions au meilleur prix et le prestataire de services premium. Une dynamique suscitée par les nouvelles attentes des clients.

Le modèle économique des opérateurs français, dont le nombre pourrait bientôt passer de 4 à 3, va évoluer sous l'influence du consommateur. "Dans beaucoup de pays, dont en premier lieu les États-Unis, le match est déjà joué entre opérateurs et pure players de l'internet. La particularité du marché français est qu'il pourrait voir cohabiter et prospérer deux formes distinctes d'opérateurs", a estimé Hervé Collignon, associé d'AT Kearney, en charge des télécoms, des médias et des nouvelles technologies.

Cette analyse s'appuie sur une évolution des attentes de 15.000 personnes sondées dans une vingtaine de pays européens (dont la France), ainsi qu'aux États-Unis. Pour la majorité des personnes interrogées en France par le cabinet d'étude, le prix le plus bas possible ou la qualité de réseau restent en effet les principaux critères d'achat (32% chacun). Ces deux critères distancent de très loin le service client (14%) ou la sécurité (10%) et plus loin encore la possibilité d'accès à la vidéo à la demande (1%) ou les offres en jeux et applications (1%).

Prix et qualité du réseau: deux critères de poids

Pour AT Kearney, le poids des critères prix et qualité du réseau illustre bien l’une des deux stratégies que peuvent adopter les opérateurs pour répondre aux attentes du marché: "Il s’agit de concentrer ses efforts afin d’être fournisseur de connexion, c’est-à-dire vendre le meilleur accès -couverture, rapidité, fiabilité- au meilleur prix. Cette stratégie impose de se recentrer sur ses activités principales, de les simplifier au maximum, et de recourir au partage des infrastructures de réseaux".

Les consommateurs français sont 52% à favoriser ce profil d’opérateur, selon l’étude. Une préférence qui conduit 21% des personnes interrogées à se déclarer "prêtes à se satisfaire d'un service d'assistance ne traitant que des requêtes relatives à la connectivité".

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- © AT-Kearney. Pour la majorité des personnes interrogées en France par le cabinet, le prix ou la qualité de réseau restent en effet les principaux critères d'achat (32% chacun),

Mais selon le cabinet, il y aussi une catégorie de consommateurs qui a une nette préférence pour le format "tout compris". Ils sont en effet 44% à préférer ce service centralisé, traitant les demandes relatives à l’accès internet, aux mobiles comme aux applications ou à tout autre service en ligne proposé.

Or, les consommateurs français ne sont que 16% à acheter des services de télévision payante ou à la demande. Mais s’ils en sont consommateurs ou devaient l’envisager, 27% d’entre eux passeraient par un opérateur télécoms local.

Le potentiel est encore plus grand pour la consommation d’applications payantes. Elle est aujourd’hui encore faible en France et seuls 46% ont l’intention de faire cet acte d’achat. "Le marché français pourrait donc évoluer, et si 56% des Français envisageaient de passer par des plateformes d’applications telles celles d’Apple ou Google, 26% d’entre eux effectueraient cet achat directement sur la plateforme d’un opérateur local" estime l'étude d'AT Kearney.

"L'évolution très rapide de la demande et l'agressivité des acteurs américains obligent les opérateurs européens à faire des choix radicaux et à les faire vite afin d'éviter que la valeur générée ne parte que chez les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). En France, la concentration inéluctable du secteur devrait clarifier les positionnements très vite", conclut Hervé Collignon.

Frédéric Bergé