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Qui peut réguler Google?

Google a des activités de recherche internet mais aussi de e-commerce, de système d'exploitation mobile, de robotique, d'intelligence artificielle, de santé, etc.

Google a des activités de recherche internet mais aussi de e-commerce, de système d'exploitation mobile, de robotique, d'intelligence artificielle, de santé, etc. - Will Marlow - Flickr - CC

La Commission européenne attaque frontalement Google sur la concurrence. Mais pour l'éditorialiste Nicolas Doze, l'entreprise est tellement puissante que nul Etat ou institution ne peut la faire plier.

L'Europe sonne la charge contre Google. La Commission européenne a dévoilé mercredi ses accusations à l'encontre du géant de la Silicon Valley. Selon Bruxelles, son moteur de recherche et son système d'exploitation mobile, Android, se seraient rendus coupables d'abus de position dominante. Le groupe, qui fait aussi de la vente en ligne, aurait biaisé les résultats de son moteur de recherche pour promouvoir ses propres services.

Le groupe va devoir maintenant répondre à la Commission, et si ses arguments ne sont pas convaincants, il pourrait se voir réclamer une amende jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires, soit 6 milliards d'euros.

Il aura fallu cinq ans d'enquête de la Commission pour en arriver là. Le président américain, Barack Obama, avait commenté l'enquête de Bruxelles en estimant que l'Europe tente d'empêcher les champions américains d'internet d'opérer chez elle parce qu'elle n'a pas réussi à créer ses propres géants. Il avait même lâché dans une interview donnée en février qu'internet appartenait à l'Amérique.

Google extrêmement généreux avec Barack Obama?

Pourtant, les autorités antitrust américaines se sont elles aussi penchées sur le cas du conglomérat de la Silicon Valley, pour exactement les mêmes raisons que Bruxelles: que Google mettrait en avant ses produits, comme ses comparateurs pour Google shopping.

Finalement, en 2013, le régulateur américain a lâché prise. Plusieurs explications ont circulé. D'après certaines, les autorités américaines ont estimé que Google avait coopéré. D'autres soulignaient que les géants du web ont été extrêmement généreux pendant la campagne de Barack Obama en 2012. Les fameux GAFA, l'acronyme qui désigne les titans américains d'internet que sont Google, Amazon, Facebook et Apple.

En leur sein, Google fait figure de cas encore plus particulier. Le géant fait un peu peur à tout le monde. Les autorités ont beau parler de régulation, personne ne sait comment contrôler cette entreprise extraterritoriale, qui tend à devenir à devenir presque aussi puissante qu'un Etat.

La "facture Google" exponentielle

Parmi les facteurs qui font de la firme une entreprise pas comme les autres, il y a sa domination incontestable du marché de la recherche en ligne. Google détient 90% du marché en Europe, 70% aux Etats-Unis. Les millions d'entreprises qui travaillent sur internet doivent payer des mots-clés au groupe, avec une inflation galopante. Tous ceux que nous avons interrogés nous confirment que la "facture Google" est exponentielle.

Google est en outre présent partout dans nos vies: dans la maison connectée, dans les voitures connectées, dans les vêtements. Il y a enfin l'OPA larvée du groupe sur ce qu'on appelle les NBIC, ces technologies de la connaissance que sont l'intelligence artificielle, la robotique, les algorithmes de la santé. A partir de là, il semble que cela nous échappe, cela fait peur.

Paris et Berlin peuvent réclamer de la régulation, mais personne n'a de solution valable aujourd'hui. Celles qui ont été évoquées -regarder le nombre d'utilisateurs plutôt que le chiffre d'affaires pour taxer, lui faire payer des infrastructures, faire payer sa consommation de bande passante, etc.- ne mènent à rien. Il n'y a aujourd'hui aucun moyen de soumettre Google à des règles. 

Nicolas Doze, édité par N.G.