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Quand Amazon donne une leçon de journalisme au New York Times

Jeff Bezos, le patron d'Amazon (et du Washington Post) n'a pas du tout apprécié l'enquête à charge du New York Times.

Jeff Bezos, le patron d'Amazon (et du Washington Post) n'a pas du tout apprécié l'enquête à charge du New York Times. - Wikimedia (Montage BFM Business)

Deux mois après la publication d'une enquête du New York Times sur les conditions de travail infernales au sein du géant du e-commerce, le porte-parole d'Amazon se fend d'un billet cinglant sur les pratiques du quotidien new-yorkais.

"Ce que le New York Times ne vous dit pas". Voilà le titre d'un billet cinglant rédigé par Jay Carney, le vice-président d'Amazon en charge de la communication. Il y a deux mois, le grand quotidien américain avait publié une enquête sur les conditions de travail au sein du géant du e-commerce. Un article qui décrivait par le menu l'enfer vécu par les cadres de l'entreprise et qui a fortement déplu à Jeff Bezos lui-même, qui l'avait fait savoir. 

Le site a pris son temps mais a décidé de répondre point par point aux attaques du journal new-yorkais. Selon Jay Carney, qui a lui-même été journaliste avant de rejoindre la Maison Blanche puis de travailler pour Amazon, le New York Times n'a pas vérifié ses informations et n'a choisi que des témoignages afin d'étayer sa thèse. L'auteur revient notamment sur l'histoire de Bo Olson, un ancien cadre d'Amazon qui avait fait couler beaucoup d'encre. Dans l'article du New York Times, il affirmait ainsi que "toutes les personnes avec lesquelles il avait travaillé avaient pleuré au moins une fois à leur bureau." 

Des citations tronquées, des témoignages falsifiés

Jay Carney revient ainsi sur l'histoire de ce cadre et rappelle "qu'il a effectué un bref passage chez Amazon qui a pris fin lorsqu'une enquête a révélé qu'il avait tenté de frauder en falsifiant des documents commerciaux. Ce qu'il a fini par reconnaître avant de démissionner". Et l'auteur multiplie ainsi les exemples de citations tronquées ou de témoignages falsifiés afin de faire un article volontairement à charge. "Pourquoi l'article n'a pas fait ces précisions?", s'interroge le responsable de la communication d'Amazon.

Jay Carney se demande ensuite si les reporters du grand quotidien américain vérifient leurs informations plutôt que de faire du sensationnel. "Leur enquête n'aurait alors peut-être pas mérité la une du journal mais elle aurait été plus proche de la réalité", ironise-t-il avant de préciser qu'il avait fait parvenir ces informations il y a plusieurs semaines au quotidien qui n'a jamais publié de rectificatif.

Bref, la hache de guerre est bien déterrée entre Amazon et le New York Times. Il faut rappeler qu'entre Jeff Bezos et le quotidien, il y a aussi un enjeu de rivalité. Le patron d'Amazon a en effet racheté en 2013 son grand rival, le Washington Post. Et même s'il assure ne pas se mêler de la ligne éditoriale de son journal, Jeff Bezos se pique tout de même un peu de journalisme quand il s'agit de défendre son entreprise.

Frédéric Bianchi