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Pour le PDG d'Arianespace, l'exploit de SpaceX ne résout pas tout

Le retour sur Terre du lanceur SpaceX constitue un exploit technologique, mais il ouvre de nombreuses questions non résolues, selon Stéphane Israël, le PDG d'Arianespace.

Le retour sur Terre du lanceur SpaceX constitue un exploit technologique, mais il ouvre de nombreuses questions non résolues, selon Stéphane Israël, le PDG d'Arianespace. - Eric Piermont-AFP

Saluant le succès de SpaceX, Stéphane Israël estime qu'il laisse nombre de questions ouvertes sur la remise en état du lanceur récupéré et la réalité de sa réutilisation multiple.

Arianespace a suivi de très près le succès de SpaceX qui a réussi à ramener sur terre le premier étage de son lanceur. "C’est un jalon important et une réussite technologique pour la société d'Elon Musk. La récupération du lanceur est au cœur de sa feuille de route" a concédé son PDG, Stéphane Israël sur l'antenne de BFM Business.

Rappelant que la navette spatiale était déjà réutilisable, le dirigeant d'Arianespace estime que cet exploit technique laisse nombre de questions ouvertes. "Il faut aller au coeur de l'économie du modèle retenu. Pour assurer le retour de son lanceur, SpaceX a dû geler une partie de la partie de la performance. Chez Arianespace, on utilise toute la puissance pour monter. La fusée est pleine comme un oeuf. Notre concurrent utilise une partie de la performance pour revenir sur terre. Or, ce choix a un coût car le kilo en orbite coûte très cher" commente Stéphane Israël.

Ensuite, il estime que se posent plusieurs questions liées à la récupération du lanceur. "Dans quel état se trouve l'étage qui est revenu sur terre. Va-t-il falloir effectuer de lourds travaux de remise en état ? Comment va t-il être fiabilisé à nouveau et combien de fois va-t-il pouvoir être réutilisé, deux fois, trois fois ?" interroge le PDG d'Arianespace.

Ariane 6 divisera le coût par deux du lanceur européen d'ici 2020

L'exploit technique de SpaceX conduit toutefois Arianespace à ne pas se laisser leurrer par son excellente année 2015 et ses 33 contrats de lancement de satellites engrangés. "Nous devons réagir. Deux types de réactions sont à notre portée. L'ambition d'Ariane 6 est de diviser par deux les coûts du lanceur européen d'ici 2020. De 175 millions d’euros aujourd'hui nous passerons demain à 90 à 100 millions d’euros. Ensuite, les industriels européens travaillent sur les technologies de réutilisation. Airbus et Safran le font déjà. Il bon qu'en parallèle d'Ariane 6, on réfléchisse à des moteurs réutilisables à bas coût car il faudra avoir l'arme du réutilisable dans notre manche" souligne le PDG.

Sans surprise, Jean-Yves Le Gall, le président du CNES (centre national d'études spatiales) partage les mêmes opinions que son successeur à la tête d'Arianespace sur le potentiel de rupture apporté par la réussite de SpaceX.

"Entre un monde parfait où on réutilise en l'état un lanceur un très grand nombre de fois, et un monde réel où il faut remettre les choses d'aplomb, et finalement ça ne fonctionne qu'une ou deux fois, l'écart est très très grand. Dans tous les cas, c'est un exploit technologique et il est vrai que les cartes peuvent être rebattues, mais elles ne le sont pas encore" conclut le président du CNES. 

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco