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Mobiles: Montebourg vante un modèle à trois opérateurs

Arnaud Montebourg (ici avec Pierre Louette d'Orange) a tenu un discours étatiste, dirigiste, anti-concurrence et anti-mondialisation

Arnaud Montebourg (ici avec Pierre Louette d'Orange) a tenu un discours étatiste, dirigiste, anti-concurrence et anti-mondialisation - -

Pour la première fois, le ministre du Redressement productif a salué le passage de quatre à trois opérateurs mobiles, sous les applaudissements des trois opérateurs historiques.

Des convergences d'intérêt peuvent aboutir à des scènes surprenantes, comme celle qui a eu lieu vendredi 31 janvier lors des voeux de la Fédération française des télécoms (FFT), le lobby des opérateurs historiques.

On y a vu Arnaud Montebourg tenir un discours étatiste, dirigiste, anti-concurrence et anti-mondialisation. Cette ode nostalgique à l'économie administrée -que n'aurait pas renié Jean-Luc Mélenchon- a été vivement applaudie par les patrons du secteur: Pierre Louette (Orange), Jean-Yves Charlier (SFR), Olivier Roussat (Bouygues Telecom), et même Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin et vice-président du Medef)...

Le modèle allemand

Au détour d'une phrase, le turbulent ministre a même loué la consolidation entre opérateurs mobiles, en évoquant le cas de l'Allemagne, où le 3ème et le 4ème opérateur souhaitent fusionner (une opération qui reste soumise au feu vert de Bruxelles): "j'ai apprécié que l'Allemagne décide de passer à une configuration à trois de son réseau". C'est une première, car jusqu'à présent le gouvernement français soutenait officiellement un modèle à quatre opérateurs.

Mais Arnaud Montebourg a estimé qu'il y a trop d'opérateurs en Europe, et que cela présente des risques: "il y aura à l'évidence des problèmes de souveraineté lorsque les appétits des opérateurs extra-européens commenceront à s'exercer, disposant de capacités d'investissements en milliards, et qu'ils viendront faire leur shopping dans notre propre désordre". 

Critique de la concurrence

Car, entre le consommateur et les entreprises du secteur, Arnaud Montebourg a clairement choisi son camp: "en multipliant les opérateurs, en favorisant le court-termisme du consommateur, nous risquons de détruire le producteur par excès d'amour du consommateur. Nous souhaitons modérer, tempérer les excès de la concurrence. Voilà pourquoi nous nous intéressons aux dangers de la concurrence, à la destruction qu'elle risque de produire. La concurrence, ce n'est pas une politique, c'est l'absence de politique même".

Selon lui, "il faut pouvoir réconcilier les intérêts de court terme des consommateurs avec ceux de plus long terme des producteurs", a-t-il plaidé.

Rappelons que lorsqu'il était dans l'opposition, Arnaud Montebourg avait défendu la position exactement inverse, saluant la baisse des prix apportée par Free.

Des bêtes noires communes

Heureux hasard, les bêtes noires communes de la FFT et du ministre du Redressement productif étaient toutes absentes de cette cérémonie. Ni Free (non membre de la FFT), ni le gendarme des télécoms Jean-Ludovic Silicani, ni celui de la concurrence Bruno Lasserre n'avaient fait le déplacement. Ils n'ont donc pas pu entendre les violentes attaques lancées contre eux par le trublion du gouvernement.

Le gendarme des télécoms? "Le gouvernement entend réformer l'Arcep, réduire ses pouvoirs, la remettre à sa place", a-t-il menacé.

Le gendarme de la concurrence? "Nous pensons qu'il est nécessaire qu'il y ait un certain un nombre d'ententes. Lorsque je reçois l'Autorité de la concurrence qui vient à mon bureau, je lui dis: vous êtes contre les ententes, et moi je les organise. Vous, vous êtes nommé, et moi, je suis élu. Donc qui a raison? Forcément moi!" -une saillie qui a été vivement applaudie par l'assistance...

Sur sa lancée, le ministre s'en est aussi pris au rôle de ces gendarmes, appelés aussi régulateurs ou autorités administratives indépendantes: "je goûte peu le mot régulation. Le régulateur, c'est un comme la cavalerie américaine, qui arrive quand tout le monde s'est fait scalper. [...] En matière économique, les autorités administratives ne peuvent en aucun cas être chargées de la politique économique, qui relève de la puissance publique, sous la responsabilité du suffrage universel. Les autorités indépendantes sont des autorités qui ne peuvent pas devenir irresponsables. Ce n'est pas à elles de dire ce qui est bon ou mauvais dans le secteur des télécoms. C'est à nous!"

Reprenant la célèbre expression du général de Gaulle, il a conclu: "l'Etat ne compte pas sur les multiples comités théodules qui font office d'autorités indépendantes. Nous luttons contre la théodulisation de la vie politique".

Si les attaques contre l'Arcep d'Arnaud Montebourg sont régulières, celles contre l'Autorité de la concurrence sont plus rares. Le ministre était peut être contrarié par le renouvellement à sa tête de Bruno Lasserre, annoncé le matin même dans Les Echos.

Jamal Henni