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Microsoft s'offre LinkedIn

Satya Nadella, Pdg de Microsoft entouré de Jeff Weiner, fondateur et directeur-général de LinkedIn et Reid Hoffman président du conseil d'administration.

Satya Nadella, Pdg de Microsoft entouré de Jeff Weiner, fondateur et directeur-général de LinkedIn et Reid Hoffman président du conseil d'administration. - Microsoft

"Microsoft va procéder au plus gros rachat de son histoire en se payant pour 26 milliards de dollars le réseau social professionnel LinkedIn. Un site qui n'a toujours pas fait la preuve de son modèle économique."

Le géant américain a annoncé le rachat du réseau social professionnel LinkedIn pour 26,2 milliards de dollars (23,2 milliards d'euros). L'offre, intégralement payable en cash, sera lancée à 196 dollars par action. Elle représente une surcote de près de 50% par rapport au cours actuel d'un site dont la valorisation était de 17 milliards de dollars avant l'offre de rachat.

"LinkedIn conservera sa marque distinctive, sa culture et son indépendance", a déclaré Microsoft. Jeff Weiner, le dirigeant actuel de LinkedIn, conservera son poste, a également indiqué le groupe américain. LinkedIn, créé en 2003, revendique 433 millions de membres dans le monde.

Il s'agit pour Microsoft du plus gros rachat de son histoire. Si le géant de Redmond avait proposé la somme de 44,6 milliards de dollars en 2008 pour acquérir Yahoo!, l'offre avait été refusée par Jerry Yang, le patron du site à l'époque. Jusqu'à présent, la plus grosse somme dépensée par Microsoft pour une acquisition était 8,5 milliards de dollars en 2011 pour Skype. Devant Nokia en 2013 pour 7,2 milliards.

Le plus gros rachat de l'histoire de Microsoft

Le plus gros rachat de l'histoire de Microsoft est-il justifié? Car si le réseau social professionnel compte avec 433 millions d'inscrits dans le monde (dont 9 millions en France) plus d'utilisateurs que Twitter ou Instagram, il peine toujours à être rentable. LinkedIn qui a réalisé près de 3 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2015-2016 a accusé une perte nette de 166 millions de dollars. Microsoft va donc payer l'équivalent du PIB de l'Estonie pour un site qui creuse ses pertes...

Le site américain n'a pas encore trouvé la martingale pour monétiser son audience. LinkedIn a un modèle économique mixte qui mêle gratuit et payant avec des comptes Premium qui donnent accès à des services en plus comme la possibilité d'entrer en contact avec n'importe quel membre. Et LinkedIn veut développer ces derniers (dont il ne communique pas le nombre), bien plus rentables. Et la Bourse s'impatiente puisqu'en un an le site a perdu plus de la moitié de sa valorisation. Elle était de 35 milliards de dollars en février 2015, soit près de 10 milliards de plus que l'offre actuelle de Microsoft. 

Complémentaires sur le papier

Un pari que Microsoft va tenter de relever. "LinkedIn a développé une extraordinaire entreprise pour connecter les professionnels du monde entier", a affirmé le PDG de Microsoft, Satya Nadella, cité dans le communiqué, en soulignant que le but était de créer des synergies notamment avec Microsoft 365, le logiciel du groupe dans le domaine de l'informatique dématérialisée (cloud) avec lequel il cherche à faire concurrence à Google. Microsoft qui achetait généralement des technologies et des expertises rachète plutôt avec LinkedIn une base de données, un super carnet de 433 millions d'adresses. 

L'association sur le papier est complémentaire. Microsoft qui avait approché Facebook en 2007 n'a jamais réussi à s'imposer dans l'univers des réseaux sociaux. Mais il possède une formidable trésorerie de 100 milliards de dollars ainsi que des positions dominantes dans le monde de l'informatique professionnelle. De l'autre côté, LinkedIn fédère une large communauté d'utilisateurs professionnels dans le monde et continue à croître. "Tout comme nous avons changé la façon dont le monde se connecte, cette relation avec Microsoft nous donne maintenant une chance de changer aussi la façon dont le monde travaille," explique Jeff Weiner le fondateur et PDG de LinkedIn qui va conserver ses fonctions dans le groupe. 

Frédéric Bianchi