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Microsoft: les salariés choqués par un contrat signé avec les services américains de l'immigration

En 2017, Saltya Nadella, PDG de Microsoft, serait la main de Donald Trump. Cette année, les salariés du groupe s’insurgent signé avec le bureau fédéral de l’immigration et des douanes

En 2017, Saltya Nadella, PDG de Microsoft, serait la main de Donald Trump. Cette année, les salariés du groupe s’insurgent signé avec le bureau fédéral de l’immigration et des douanes - Nikolas Kramm - AFP

Un contrat Cloud signé avec le bureau fédéral de l'immigration américaine pose un problème éthique à une partie des salariés de Microsoft. Ils ont publié une lettre à leur PDG qui tente d'éteindre la polémique.

Après Google qui a été contraint par ses équipes de renoncer à fournir une intelligence artificielle pour les drones de l’armée américaine, c’est au tour des employés de Microsoft de s’insurger contre un contrat de 19,4 millions de dollars signé avec le bureau fédéral de l’immigration et des douanes (ICE). Le New York Times relate qu'une centaine d'entre eux ont publié une lettre ouverte adressé à Satya Nadella, PDG du groupe, l'invitant à mettre un terme à ce marché.

Le groupe de Redmond doit fournir une technologie pour héberger et traiter via un algorithme les données recueillis par les agents sur les migrants appréhendés par les autorités. L’affaire prend une tournure encore plus polémique avec les récentes révélations sur le traitement des familles d’immigrés clandestins. Pour les signataires, "Microsoft doit adopter une position éthique et placer les enfants et les familles au-dessus des profits". Le message se poursuit par un "refus d’être complice". Les signataires veulent être assurés que "ce qu'ils construisent est utilisé pour le bien et non pour le mal".

La réponse de la direction a été immédiate. Brad Smith, président de Microsoft, qui sur le blog Microsoft a d'abord tenté d’étendre l’incendie. Il estime que "la Loi sur la sécurisation de l'avenir de l'Amérique représente clairement la mauvaise approche" et rappelle que Microsoft est une société d'immigrants dans une nation d'immigrants". Il note aussi que "l'immigration est un sujet complexe et trop souvent polarisant".

Moderniser les outils des services de l'immigration

Mais pour lui, si le projet de loi "contient des dispositions préoccupantes" comme la protection des enfants ou la réduction de l'immigration légale, d'autre points vont dans le bon sens. Il considère que la "protection des frontières [avec le Mexique, NDLR] est nécessaire" et que les outils numériques des agents doit être améliorée. Selon lui, ils utilisent des "technologies informatiques [qu’il a] personnellement utilisée il y a presque dix ans". Ces propos n'ont néanmoins pas rassuré les salariés.

Sur LinkedIn, Satya Nadella a donc jugé nécessaire mardi soir de clarifier les choses. Il qualifie la politique de Donald Trump de "cruelle et abusive". Il se dit "consterné par la politique odieuse consistant à séparer les enfants immigrants de leurs familles". Mais il signale néanmoins que le contrat avec l'ICE n’est pas contraire à l’éthique de l’entreprise. "Microsoft ne travaille pas avec le gouvernement américain sur des projets liés à la séparation des enfants de leurs familles à la frontière". Il signale que le projet consiste à héberger sur son Cloud les données de travail des agents comme les courriels, l'agenda, la messagerie et la gestion de documents.

Amazon mis sous pression par ses actionnaires

Le mouvement lancé par les salariés de Microsoft peut-il conduire l’entreprise à mettre un terme à son contrat avec l’ICE? Les dirigeants du groupe redoutent le syndrome Maven, nom du contrat entre le Pentagone et Google non reconduit après une pétition des salariés et des démissions.

Amazon n’est pas épargné. Il y a quelques jours, l’Aclu (American Civil Liberties Union) a lancé une pétition pour que l’entreprise cesse de vendre aux agences fédérales et aux forces de police Rekognition, son logiciel de reconnaissance faciale. Ce lundi, 150.000 personnes avait signé le document. Cet initiatives inquiètent déjà les actionnaires qui ont décidé de commenter l'affaire.

Dans un courrier adressé le 15 juin à Jeff Bezos et publié sur le site de l'Aclu, 19 d’entre eux disent s’inquiéter des conséquences de ce contrat. Pour eux, l’affaire Facebook avec le scandale Cambridge Analytica "montre à quel point ces nouvelles questions peuvent miner la valeur de l'entreprise lorsque les impacts négatifs sur la société deviennent évidents".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco