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Loi renseignement: 1 Français sur 5 n’en a jamais entendu parler !

Pour le bâtonnier de Paris, le 11 janvier nous étions tous Charlie, aujourd’hui nous sommes tous surveillés.

Pour le bâtonnier de Paris, le 11 janvier nous étions tous Charlie, aujourd’hui nous sommes tous surveillés. - Eric Feferberg - AFP

Le débat autour de la loi renseignement est vif et passionné. Mais, selon un sondage de CSA pour l’Ordre des Avocats, seuls 14% des Français connaissent précisément les domaines d’action concernés par la loi.

La loi renseignement divise le pays. Et s’il y a les pour et les contre, il y a aussi ceux qui en ont entendu parler et... les autres. C’est ce que révèle le sondage réalisé par l’institut CSA pour l’Ordre des avocats. Cette enquête d'opinion dévoile non pas un désintérêt des Français, mais une "véritable méconnaissance du contenu de la loi Renseignement".

Selon ce sondage, 23% des personnes interrogées reconnaissent "ne jamais avoir entendu parler de la loi". Et, parmi ceux qui en ont eu vent, "seuls 14% connaissent précisément les domaines d’action concernés par la loi." Pour plus de la moitié des personnes interrogées, l’objectif de ce texte est la lutte contre le terrorisme.

Ils ne sont que 24% à savoir qu’elle vise aussi la criminalité et la délinquance, la préservation de l’indépendance nationale (19%), des intérêts économiques, industriels et scientifiques de la France (11%) ou encore le maintien de l’ordre public (3%). Pour Pierre-Olivier Sur, bâtonnier de Paris, le constat est clair: "Le débat s’est joué alors que l’opinion publique ignorait tout de son contenu, c’est une trahison de l’esprit du 11 janvier".

"Cette loi crée un climat de suspicion"

Cette méconnaissance ne sauve en rien la dégradation des libertés individuelles. 70% des Français estiment ainsi que le respect de la vie privée s’est dégradé tandis que 67% d’entre eux perçoivent un recul de la protection des données personnelles sur Internet (67%) ou encore de la liberté d’expression (60%).

Et pour la majorité d’entre eux, la nouvelle loi est une atteinte supplémentaire à leur vie privée. Ils sont 91% à s’inquiéter du suivi des conversations sur téléphone/SMS et 89% les redoutent sur Internet. "De manière générale, les Français sont hostiles à une surveillance d’Internet. Il en va de même de tout élément permettant de localiser un individu : 80% sont opposés au placement de balises sur un véhicule et 68% à la géolocalisation".

Les Français vont-ils se soumettre à la loi? Oui, mais à leur manière. Le sondage indique que plus de 1 Français sur 2 envisage de changer ses pratiques de conversation, de consultation d’Internet ou de déplacement pour échapper à la surveillance généralisée. "Cette loi créé un climat de suspicion, le 11 janvier nous étions tous Charlie, aujourd’hui nous sommes tous surveillés", conclut le bâtonnier de Paris.

Pascal Samama