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Le rachat de SFR par Numericable pose un casse-tête à la Réunion

Le rachat réduirait de trois à deux le nombre d'opérateurs mobiles

Le rachat réduirait de trois à deux le nombre d'opérateurs mobiles - Richard Bouhet AFP

Le nouvel ensemble détiendra 76% du marché dans le téléphone mobile à la Réunion et Mayotte. Numericable envisagerait de revendre son opérateur mobile pour résoudre le problème.

Faut-il réduire le nombre d'opérateurs mobiles? Depuis plusieurs mois, le débat agite le secteur. Mais un premier cas concret se pose d'ores et déjà à La Réunion et Mayotte. En effet, trois opérateurs sont actifs dans ces îles: Orange, SFR (via sa filiale SRR) et Outremer Telecom, qui a été racheté il y a un an par Altice, la holding de Patrick Drahi. Or Altice détient aussi Numericable, qui est en train de racheter SFR. Autrement dit, après le rachat en cours, SFR et Outremer Telecom ne seront plus concurrents, mais appartiendront au même groupe...

96% du marché à Mayotte

Surtout, la part de marché du nouvel ensemble sera gigantesque. En effet, SFR détient 61% du marché, et Outremer 15%, soit au total 76%, selon les propres chiffres fournis par Altice. La situation sera même pire à Mayotte, où SFR détient 50% du marché, et Outremer 46%, soit au total 96% du marché, selon une étude de l'institut LH2 pour l'Arcep.

Toutefois, la disparition d'un opérateur mobile dans ces îles n'est pas inéluctable. En effet, le rachat de SFR par Numericable doit encore être approuvé par l'Autorité de la concurrence, qui rendra son verdict début novembre.

Et le problème n'a pas échappé au gendarme de la concurrence. En effet, la situation à la Réunion est très largement abordée dans la consultation (ou "test de marché") qu'il a mené en juin auprès des concurrents.

Mesures radicales

En pratique, le gendarme de la concurrence devrait accorder un feu vert au rachat de SFR assorti d'obligations destinées à résoudre les problèmes de concurrence posés, à commencer par la Réunion et Mayotte. Reste à savoir quelles obligations pourront bien être mises en place.

Une première solution serait d'imposer des conditions favorables aux opérateurs mobiles virtuels de l'île. Cette piste est évoquée dans la consultation, et a été retenue par la Commission européenne dans les rachats récents qui ont vu disparaître un opérateur mobile (Autriche, Irlande, Allemagne). Toutefois, une telle solution semble insuffisante face à la part de marché gigantesque que détiendra le nouvel ensemble. 

Vers une revente d'Outremer Telecom?

Le gendarme de la concurrence imposera donc probablement des mesures plus radicales, comme la revente d'un des réseaux mobiles et/ou d'une partie des clients. Mais Numericable, conscient du problème posé, serait prêt à d'importantes concessions. Selon certaines sources, il envisagerait, pour résoudre le problème, de revendre un des deux réseaux mobiles avec sa clientèle -ce sera sans doute le plus petit, c'est-à-dire la filiale d'Outremer Telecom dans les deux îles.

En pratique, si une telle cession était imposée, Numericable devra alors chercher un acquéreur, sous le contrôle d'un mandataire indépendant nommé par l'Autorité de la concurrence, qui approuvera à la fin l'acquéreur choisi.

Reste à savoir qui voudra racheter un opérateur mobile à la Réunion. On pense bien sûr à Free, qui serait intéressé, mais refuse de s'exprimer officiellement. On pense aussi à Océindes, détenu par la famille Goulamaly, qui a déjà racheté le câblo-opérateur local Zeop, et indique "être potentiellement intéressé, en fonction du prix et des conditions". Ou encore à Digicel, présent dans plusieurs îles des Antilles. Ou encore des opérateurs voisins, comme le mauricien Emtel ou le sud-africain MTN. En revanche, Bouygues Telecom, qui a revendu ses opérateurs antillais à Digicel en 2006, répond ne pas être intéressé.

Interrogé, Altice/Numericable se sont refusés à tout commentaire.

Jamal Henni