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La capsule Starliner de Boeing, le futur taxi de l'espace de la Nasa, en difficulté

La capsule spatiale aura pour objectif, à terme, d'emmener des astronautes vers la Station spatiale internationale. Un enjeu majeur pour le constructeur américain Boeing, très marqué par la crise du 737 MAX. Mais un problème important affectait sa trajectoire initiale et rendait incertaine la suite de la mission.

Boeing a lancé vendredi depuis la Floride sa nouvelle capsule Starliner pour une mission de huit jours dans l'espace. Si l'essai réussit, la Nasa pourrait l'utiliser pour ses astronautes dès l'an prochain, après neuf ans d'interruption des vols habités lancés depuis les Etats-Unis.

Mais les choses ne se passent pas bien. Le décollage s'est déroulé normalement et la capsule s'est détachée de la fusée Atlas V environ un quart d'heure après le lancement, avant l'aube, à Cap Canaveral.

Mais l'insertion orbitale était "non nominale", ont indiqué Boeing et la Nasa, ce qui signifie que la capsule n'est pas sur la bonne trajectoire pour rejoindre l'ISS. Starliner n'a pas allumé ses moteurs comme prévu pour gagner en altitude et atteindre l'ISS, qui est à environ 400 km de la Terre.

Boeing a indiqué que la capsule était sur une "orbite stable", ce qui semble indiquer que Starliner n'est pas en train de retomber sur Terre, mais on ignorait sa position et son altitude exactes.

"Starliner a eu une insertion non nominale. Mais nous contrôlons le vaisseau. L'équipe de navigation et de contrôle réfléchit à la prochaine manoeuvre", a tweeté Boeing. Jim Bridenstine, dans plusieurs tweets, a expliqué qu'une anomalie s'était produite à bord du véhicule et avait fait croire à Starliner qu'elle était sur la bonne orbite. Mais "la capsule a consommé plus de carburant que prévu pour maintenir un contrôle précis. Cela a rendu impossible le rendez-vous avec la Station spatiale", a-t-il écrit. 

Rappelons que Starliner aura pour seul passager, dans ce test déterminant à la fois pour la réputation de Boeing et pour la fierté nationale américaine, un mannequin baptisé Rosie en l'honneur de "Rosie la riveteuse", la jeune ouvrière au biceps gonflé symbole des femmes engagées dans l'effort de guerre.

Des contrats de milliards de dollars 

La Nasa n'a plus de moyen de transport pour ses astronautes depuis qu'elle a remisé ses navettes spatiales en 2011 après trente ans de service. Elle dépend des fusées russes Soyouz pour les allers-retours avec la Station spatiale internationale (ISS), une dépendance dont Washington est pressé de s'émanciper, même si la coopération américano-russe dans l'espace est restée excellente au fil des années.

Sous la présidence de Barack Obama, l'agence spatiale a passé des contrats de milliards de dollars avec Boeing et SpaceX pour qu'elles développent des capsules "made in USA". Après deux ans de retard, le programme aboutit enfin, et l'homologation des véhicules ne dépend plus que des derniers tests non habités.

"Au début de l'année prochaine, nous lancerons des astronautes américains à bord de fusées américaines depuis le territoire américain pour la première fois depuis la fin des navettes spatiales en 2011", a une nouvelle fois déclaré l'administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine, jeudi au centre spatial Kennedy.

SpaceX à l'affût

SpaceX a déjà passé l'étape que Boeing va tenter de franchir avec cette mission. En mars, la société d'Elon Musk a envoyé sa capsule Crew Dragon vers l'ISS et l'a fait revenir sur Terre sans problème, avec le mannequin Ripley à bord. Ces mannequins sont bourrés de capteurs pour vérifier que le voyage sera sûr pour les futurs équipages humains.

"Cela fait huit ans et demi, beaucoup trop longtemps selon moi", a témoigné l'astronaute de Boeing Chris Ferguson, qui commanda la dernière mission d'une navette américaine en juillet 2011 et sera dans Starliner pour son premier vol habité. "Mais nous voici sur le point de recommencer, avec non seulement une mais deux entreprises".

Ces développements sont distincts du programme Artémis de retour sur la Lune d'ici 2024, qui se fera avec une autre capsule adaptée à des voyages plus profonds dans l'espace, Orion, construite par Lockheed Martin.

TL, avec l'AFP