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"Google exploitera les données clients du paiement mobile"

La concurrence s’intensifie entre Google, Apple et Samsung, sur le marché des paiements avec un smartphone

La concurrence s’intensifie entre Google, Apple et Samsung, sur le marché des paiements avec un smartphone - Stéphane Danna-AFP

Après Apple et Samsung, Google lance Android Pay, système de paiement sans contact. Olivier Sampieri, associé au cabinet BCG, estime que son modèle économique différera de celui de ses rivaux.

Google a relancé l'offensive dans le domaine du paiement sans contact avec mobile. Fort de sa puissance de frappe, lié au logiciel Android qui équipe plus d'un milliard de smartphones dans le monde, le géant du web lance à son tour son système.

Pour Olivier Sampieri, directeur associé au bureau parisien du cabinet BCG (Boston Consulting Groupe), la stratégie de Google dans le paiement mobile se distinguera de celle de ses rivaux (Apple et Samsung, en tête) sur le modèle économique plus que sur la technologie.

Android Pay présente des similitudes avec Apple Pay, quelles en sont les différences?

Olivier Sampieri: Le modèle économique d'Android Pay devrait être assez différent de celui d'Apple Pay. Comme pour ses autres services, Google a probablement l’intention d’utiliser le paiement mobile pour enrichir ses bases de données clients afin de commercialiser des publicités ciblées. Apple, au contraire, affirme qu'il n'utilisera pas les données de paiement des utilisateurs d'Apple Pay. Il a pris le contre-pied des autres géants du numérique, Google y compris, qui considèrent que la plus grande valeur des paiements réside dans la connaissance du comportement d'achat des clients...

Pourtant, Google s’est bien gardé de dévoiler ses intentions à ce sujet…

O.S.: L’exploitation commerciale des données sur les utilisateurs est au cœur du modèle économique de Google ; elle est explicite dans les conditions d'utilisation de ses services. Avec Android Pay, les données collectées sur le profit d’achat des clients enrichiront la connaissance que Google possède déjà sur ses utilisateurs. Ses systèmes d'analyse automatisés des données lui permettront notamment de commercialiser des publicités sur mesure sur la base des comportements d'achats des clients. A chacun d'apprécier s'il est à l'aise avec cette utilisation.

Olivier Sampieri, directeur associé au bureau de Paris du BCG
Olivier Sampieri, directeur associé au bureau de Paris du BCG © BCG

Comme Apple, Google se focalise sur le marché américain: est-ce justifié?

O.S.: Le succès des paiements mobiles sans contact nécessite des efforts et des investissements importants. Un enjeu majeur est de développer de larges réseaux d'acceptation – la liste des commerçants chez lesquels il est possible d'utiliser ce nouveau moyen de paiement. Il est naturel que Google et Apple aient choisi de concentrer d'abord leurs efforts dans leur pays d'origine. Il est probable qu'ils déploieront rapidement leurs services en Europe si le succès est au rendez-vous aux USA.

Google a-t-il tiré les leçons de l’échec relatif que fut son porte-monnaie électronique?

O.S.: Avec Android Pay, Google s’est allié avec les grands opérateurs mobiles américains pour que sa solution soit hébergée sur les smartphones qu’ils commercialiseront aux Etats-Unis. Sa solution Google Wallet n’était à l'origine proposée que par un seul opérateur américain et seulement sur quelques modèles de téléphone, ce qui était très limitatif.

Google a t-il négocié avec les banques américaines, comme Apple, pour obtenir une rétrocession de la commission sur chaque transaction ?

O.S.: Il faut avoir en tête que les paiements mobiles s'appuient aujourd'hui sur des cartes de paiement enregistrées dans le téléphone de l'utilisateur. Sur chaque paiement réalisé par la carte de leur client, les banques touchent une commission, appelée interchange. Il n'y a pas d'information officielle mais Google a pu négocier, à l'instar d'Apple, une rétrocession sur la commission d'interchange. Toutefois, cette source de revenus devrait être moins centrale dans le modèle économique d'Android Pay que dans celui d'Apple Pay. Cela devrait rendre plus facile le déploiement d'Android Pay en Europe, où les commissions d'interchange sont beaucoup plus faibles.

Propos recueillis par Frédéric Bergé

Frédéric Bergé