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Free prépare son offensive sur le marché des télécoms d'entreprises, alors que l'Arcep tance Orange

Des câbles en fibre optique.

Des câbles en fibre optique. - x_tine-Flickr

Après l'échec des premières mesures pour raviver la concurrence sur ce marché où Orange apparaît "surpuissant", l'Arcep promet de nouvelles initiatives. Mais c'est peut-être l'arrivée de Free qui pourrait changer la donne avec une offre à prix cassé.

C'est un constat d'échec. Dans un entretien au journal Les Echos, Sébastien Soriano, président de l'Arcep, le régulateur des télécoms, s'émeut de l'écrasante domination d'Orange qualifié de "surpuissant" sur le marché des télécommunications d'entreprise, évalué à 10 milliards d'euros par an. Résultat, les entreprises françaises et notamment les PME sont en retard en matière de fibre optique et donc de transformation digitale. 

"Nous ne sommes pas satisfaits de la situation. Nous voulons un marché entreprises puissant et concurrentiel; nous sommes loin de l'avoir aujourd'hui", explique le responsable. Le régulateur prévoit donc de soumettre à consultation une nouvelle régulation en vue d'une mise en oeuvre d'ici la fin de l'année.

Rappelons qu'Orange Business Services, filiale d’Orange, détient une part de marché d’environ 65 à 70% grâce à son historique et son empreinte territoriale, suivi par SFR Business (appartenant au groupe Altice, qui est propriétaire de BFM Business) qui revendique environ 20% du marché. Pour les autres opérateurs, il faut se partager les miettes. 

Des mesures passées qui n'ont rien donné

Le problème est que cette situation est connue (et dénoncée) depuis des années et l'Arcep a déjà tenté de faire bouger les lignes avec un premier cycle de mesures en 2017. Lesquelles n'ont manifestement rien donné. La tentative de faire émerger un troisième acteur de gros avec Kosc, consortium issu d'OVH, Cofip, Kapix, et Styx, est également un échec cuisant. La société s'est retrouvée en quelques années au bord du dépôt de bilan et en redressement judiciaire même si elle bénéficie aujourd'hui d'un plan de continuation de la part d'Altitude Infrastructure.

Bref, rien n'y fait. Et la concurrence, c'est-à-dire les dizaines de "petits" opérateurs qui se battent sur le marché B2B ne croient plus vraiment à l'action du régulateur ou de l'Etat - des "mesurettes", avance l'un d'entre eux. "Face aux attentes de nos clients, on ne peut plus simplement espérer, il faut agir au plus vite" explique-t-il.

Certains prennent leur destin en main en saisissant par exemple l'Autorité de la concurrence. Avec un certain succès puisque cette dernière a récemment décidé de lancer une enquête exploratoire. "Cette enquête a pour objectif de s’assurer de l’absence de pratiques de nature à fausser le jeu de la concurrence sur le marché entreprises, dont la dynamique reste encore fragile. Au terme de cette enquête, les services d’instruction pourront ouvrir, le cas échéant, un dossier contentieux", écrivent les Sages de la rue de l'Echelle.

Free vise 4 à 5% du marché d'ici 4 ans

Les concurrents directs d'Orange tentent également de monter en puissance. Certains comme Bouygues Telecom et SFR misent sur les rachats d'opérateurs spécialisés (Keyyo, Nerim...). "La chute des marges dans le marché grand public et des perspectives de rapprochement compliquées entre les quatre grands incite les opérateurs à aller chercher la valeur où elle est: dans le marché B2B", commente Renaud Kayanakis, Senior Manager en charge des Télécoms et des Média chez Sia Partners.

Mais c'est peut-être du côté de Free qu'il faut regarder. Rappelons que l'opérateur affiche ses ambitions, notamment à travers le rachat l'an dernier de l'opérateur pour entreprises Jaguar Network. Dans un entretien aux Echos, Thomas Reynaud, le directeur général d'Iliad annonce ses premières offres "cette année". Avec une approche agressive comme dans le mobile? 

"Comme il y a 20 ans sur le fixe et 10 ans sur le mobile, nous allons créer un choc d'innovation, d'usage, de simplicité et pour rendre accessibles ces services aux TPE et PME. Free a une carte à jouer grâce à ses infrastructures et ses huit data centers en France", souligne le responsable.

Une offre à 40 euros par mois?

"Nos gains de part de marché seront moins rapides que lors de l'arrivée de Free Mobile, car les entreprises sont malheureusement verrouillées par des contrats de très long terme. Mais nous nous donnerons le temps de réussir. Free vise 4 à 5% de parts de marché d'ici 2024 sur le marché entreprise", nuance néanmoins le directeur général.

Selon nos informations, l'opérateur lancerait une offre "FttH Pro" (fibre mutualisée) positionnée pour les TPE autour de 40 euros HT par mois offrant un débit minimum d'1 Gb/s avec une box taillée pour le marché entreprises. Elle pourrait être opérée par Jaguar sous la marque "Freebox pro" ou par Free directement. Interrogé par nos soins, Jaguar Network n'a pas souhaité commenter.

Mais cette offensive laisse certains observateurs circonspects. "Ce n’est absolument pas dans leur ADN. C’est en effet un relais de croissance mais Iliad n’a ni la structure, ni la culture et les capacités" pour s’imposer, estime Henri Tcheng, Partner au cabinet BearingPoint.

Olivier Chicheportiche