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Comment la SNCF veut retirer plus de 30.000 camions des routes entre Calais et Turin

L’exploitation de la ligne s’appuie sur les terminaux du port de Calais et d’Orbassano en Italie, dans la banlieue de Turin.

L’exploitation de la ligne s’appuie sur les terminaux du port de Calais et d’Orbassano en Italie, dans la banlieue de Turin. - Viia-Groupe SNCF

Une "autoroute ferroviaire", la quatrième pour la SNCF, relie en 1150 km, Calais à Turin en Italie. Avec trois allers-retours hebdomadaires, puis deux par jour, elle convoiera sur rails 31.000 poids lourds, qui seront retirés de la route.

Alors que le fret routier pâtit de la hausse du diesel et des projets d'écotaxe, le fret ferroviaire retrouve des couleurs avec l'inauguration d'une nouvelle "autoroute sur rails" entre Calais et Turin. Ce mode de transport consiste à "décamioniser" les autoroutes en embarquant sur des wagons des semi-remorques pour soulager d'autant le trafic routier des poids lourds.

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- © Source : Arafer

Si ce mode de transport est encore peu développé, ses promoteurs mettent en avant la réduction des coûts de transport, les gains de rapidité en termes de logistique et les bienfaits pour l'environnement. Ce service combinant rail et route, ouvert à tous types de remorques, permettrait d’économiser environ 1,2 tonne de CO2 par remorque et par voyage entre la France et l'Italie, ce qui équivaut sur une année à une économie de 37.200 tonnes de CO2. Avec 32,2 milliards de tonnes-km, le fret ferroviaire ne représentait toutefois que 9,3% du trafic de marchandises en France en 2015, selon l'Arafer, le régulateur des transports.

Bientôt, deux allers-retours quotidiens seront proposés

L’exploitation de la nouvelle "autoroute ferroviaire" de 1150 kilomètres s’appuie sur les terminaux existants du port de Calais et d’Orbassano, en Italie. Elle fait appel aux entreprises Fret SNCF pour le parcours français et Mercitalia (groupe Ferrovie delle Stato Italiane) pour la partie italienne. Une connexion avec des services de ferries à Calais est proposée pour relier la Grande-Bretagne, permettant ainsi de transporter directement des semi-remorques non accompagnés vers l’Italie via la France.

Au démarrage, seulement trois allers/retours hebdomadaires sont proposés avec un temps de trajet de 18 heures. Ensuite, le service offrira 2 allers/retours quotidiens, lors de sa montée en charge.

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- © Source: Viia-SNCF

Pour fonctionner, le service s'appuie sur le terminal trimodal (mer/route/fer) de Calais mis en service en 2016. Les semi-remorques qui débarquent par ferry du Royaume-Uni dans le port français sont transbordés (cf infographie ci-dessus) sur des wagons spéciaux (fabriqués par Lohr) à destination du terminal d'Orbassano dans la banlieue de Turin (Italie), où ils sont déchargés pour reprendre la route.

Pour la société Viia (filiale du groupe ferroviaire) à qui la SNCF a confié le développement d'autoroutes ferroviaires en France et en Europe, c'est la quatrième liaison de ce type qu'elle exploite. La première ligne ayant été ouverte relie Calais au Boulou (au sud de Perpignan) près de la frontière franco-espagnole, jusqu’à 2 fois par jour et par sens.

Une ligne relie depuis 2007 le Luxembourg à la frontière espagnole

Outre ces deux lignes partant de Calais, Viia exploite, en collaboration avec Mercitalia, la ligne Aiton (Chambéry) Orbassano qui relie les 175 km entre la France et l’Italie en 3 heures depuis 2003 avec 4 allers-retours par jour, pour soulager le trafic de poids lourds traversant les Alpes par la route. En partenariat avec les Chemins de Fer Luxembourgeois (CFL), la ligne reliant Bettembourg (Luxembourg) à la ville du Boulou près de la frontière espagnole, en service depuis 2007, réalise trois allers-retours par jour sur une distance de 1045km en 15 heures, pour désengorger le trafic de poids lourds, depuis et vers l'Espagne.

En 2017, ce sont 106.747 unités (semi-remorques, caisse mobiles ou containers) qui ont été transportées par Viia et 7000 tonnes d’émissions de CO2 économisées.

Frédéric Bergé