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Ces start-up qui s'attaquent au nettoyage de l'espace

Avec 5.400 objets de plus d'un mètre qui se baladent actuellement autour de la Terre, les débris en orbite sont de plus en plus nombreux. Pour gérer cet enjeu, l'Agence spatiale européenne (ESA) a décidé de lancer sa première mission de nettoyage de l'espace.

"Imaginez à quel point la navigation en haute mer serait dangereuse si tous les navires perdus dans l'histoire dérivaient encore au-dessus de l'eau". Lundi 9 décembre 2019 dans un communiqué, Jan Wörner, le directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), a tenu à faire une comparaison qui invite sans nul doute à la réflexion. Tel que le souligne l'Agence, aujourd'hui, plus de 3.000 satellites gravitent autour de la Terre. Il y aurait près de 5.400 objets de plus d'un mètre, 34.000 de plus de 10 centimètres et même 900.000 de plus d'un centimètre qui évoluent en orbite.

Des débris que la NASA et l'ESA souhaitent "enlever activement" afin de "stabiliser l'environnement orbital", souligne les deux instances. Pour les gérer, l'Agence spatiale européenne a décidé de lancer sa première mission de nettoyage de l'espace répondant au nom de ClearSpace-1 qui devrait débuter en 2025.

Aux commandes de cette mission: une start-up suisse du même nom (ClearSpace) sélectionnée à l'issue d'un appel d'offre et créée par des chercheurs en débris spatiaux de l'Ecole Polytechnique de Lausanne (EPFL). Sa mission: prendre en charge un programme baptisé ADRIOS (pour "Active Debris Removal/ In-Orbit Servicing") en vue d'encadrer le développement de technologies qui permettront de délester l'espace de ces débris.

Retirer les satellites défaillants

De fait, ce nettoyage spatial à venir se révèle d'autant plus essentiel et urgent que "dans les années à venir, le nombre de satellites augmentera d'un ordre de grandeur, avec plusieurs méga-constellations composées de centaines, voire de milliers de satellites prévus en orbite terrestre basse pour fournir des services de télécommunications et de surveillance à large couverture et à faible latence. Le besoin est clair pour une 'dépanneuse' de retirer les satellites défaillants de cette région très fréquentée", alerte le PDG de ClearSpace dans le communiqué de l'ESA.

Un signal fort soutenu par les Etats membres de l'Agence spatiale européenne que ClearSpace est loin d'être la seule à avoir entendu. Aujourd'hui, il existe en effet d'autres start-up et organismes qui se sont fixé pour ligne de conduite de nettoyer l'espace. Parmi eux, D-Orbit, une société italienne du "New Space" qui propose des solutions technologiques visant à détruire des satellites en fin de mission ou qui se trouvent dans de délicates postures.

Son idée? Leur permettre de se consumer dans l’atmosphère ou les envoyer vers des cimetières orbitaux. Une mission aussi spatiale que sociétale que le Surrey Space Centre de l’université de Surrey (Angleterre) s'emploie également à réaliser. Il y a un peu plus d'un an, le Centre a mis au point le premier satellite nommé RemoveDebris dont la vocation est de récupérer les déchets qui gravitent en orbite autour de la Terre.

En Asie, à Singapour cette fois, une autre start-up, fondée en 2013 baptisée Astroscale se positionne, depuis ses débuts, tel un "balayeur de l'espace". Elle devrait effectuer une première démonstration de son expertise en 2020. Selon L'Express, il sera question de permettre à un satellite d'Astroscale d'attraper un mini satellite de la société, lancé au même moment. Et ce, grâce à un aimant d'envergure. L'idée: "désorbiter" le mini satellite en question et le réorienter dans l'atmosphère afin qu'il parte en fumée.

Risques de fragmentations et de collisions

Au-delà de la pollution générée par ces débris spatiaux, s'ajoute le risque que ces derniers se fragmentent en orbite. 290 événements de ce type ont été enregistrés depuis 1961, indique l'ESA sur son site.

Des fragmentations qui ont, dans quelques cas, engendré des collisions. En février 2009, le satellite américain Iridium 33 a percuté son pendant russe Cosmos 2251 et généré, à l'époque, des dizaines de milliers de morceaux.

Julie Cohen-Heurton