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Que va changer le "say on pay" aux rémunérations des patrons?

La politique de rémunération pourrait changer grâce au "say on pay", mais pas vraiment leur montant.

La politique de rémunération pourrait changer grâce au "say on pay", mais pas vraiment leur montant. - -

Pernod Ricard, qui tient son assemblée générale ce 6 novembre, va faire voter ses actionnaires sur les émoluments de son dirigeant. Que va changer le "say on pay" amené à se généraliser, en France?

Le "say on pay" débarque en France! Après Publicis, Pernod Ricard, dont l'assemblée générale se tient, ce mercredi 6 novembre, montre l'exemple en adoptant cette règle anglo-saxonne qui octroie un droit de vote aux actionnaires sur la rémunération des patrons. Le groupe sera même le premier du CAC40 à le faire.

Cette forme d'autorégulation a d'ailleurs été préconisée par le gouvernement après qu'il a abandonné son projet de plafonner les émoluments des dirigeants en mai 2013.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce dispositif, Stéphane Soumier, dans Good Morning Business, a posé trois questions à Laurent Rouyrès, président de Labrador, un éditeur financier qui aide les entreprises à respecter de bonnes pratiques dans la communication de leurs informations financières.

> Le "Say on Pay" va-t-il constituer une révolution en France?

"Surtout en France! Parce que l'appréhension qu'ont les Français de l'argent est particulière, donc les politiques de rémunération des patrons va être un sujet très sensible.

Aux Etats-Unis, où cette pratique s'est généralisée, l'information financière liée au "say on pay" est devenue stratégique pour les groupes. Il n'y sert absolument pas à réguler le montant des rémunérations, mais il fonctionne bien en termes de pédagogie, pour expliquer la base sur laquelle est fixée la rémunération".

> Le dispositif impacte-t-il le montant moyen des émoluments?

"Il y a très peu de vote négatif sur la rémunération des patrons outre-Atlantique. C'est de l'ordre de 2,5%. En revanche, une entreprise dont plus de 25% des actionnaires se prononcent contre la rémunération se retrouve en crise. Notamment si leurs concurrents ont de bonnes notes. En-deçà de 92%, ce n'est pas un bon vote selon les critères américains.

En France, ce serait une erreur d'utiliser ce dispositif pour limiter la rémunération des patrons. Tout le monde se moque qu'un chef gagne très bien sa vie s'il fait fonctionner son entreprise, s'il a une stratégie visible, et qu'il réussit. Le "say on pay" doit servir à améliorer l'image de la rémunération des patrons, aujourd'hui catastrophique par manque de connaissance et de pédagogie sur leur rôle".

> Les conseils d'administration français, où l'on retrouve souvent les mêmes administrateurs, vont-ils se prêter au jeu?

"En France, où l'on dénonce parfois un "capitalisme de connivence" aux différents conseils d'administration des grandes entreprises, BNP Paribas et Axa vont effectivement se prononcer sur la rémunération de leurs confrères du CAC 40, et réciproquement. Il reviendra aux médias de s'intéresser aux votes non-sujets à caution, pour en vérifier les proportions".

N.G. et BFM Business