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Quelles sont ces entreprises qui travaillent sur les monuments historiques?

L'incendie a pris sur le toit, à l'endroit où un échafaudage était en cours d'installation.

L'incendie a pris sur le toit, à l'endroit où un échafaudage était en cours d'installation. - Bertrand Guay - AFP

Du fait de leur intérêt patrimonial, les travaux sur les édifices classés aux monuments historiques font l'objet d'une procédure rigoureuse. Seules des sociétés justifiant d'une expertise peuvent prendre en charge ces chantiers. Pour Notre-Dame, l'entreprise de charpente Le Bras Frères va être au cœur de l'enquête destinée à identifier la cause de l'incendie.

 L'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris hier a pris naissance au niveau du toit, à l'endroit où une opération de restauration avait lieu. La charpente et la flèche érigée par Viollet-le-Duc ont disparu, mais l'échafaudage est en place, seul témoin du chantier qui devait assurer la sauvegarde de l'édifice. Le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour identifier l'origine du sinistre, mais pour l'instant l'origine accidentelle est privilégiée.

En charge du chantier de restauration, l'entreprise Les Bras Frères est au cœur des investigations menées pour déterminer l'origine de l'incendie. Les travaux de restauration n'avaient pas encore commencé, l'heure était au montage de l'échafaudage, assuré par une filiale, Europe Échafaudage.

Des chantiers prestigieux à son actif

Le groupe avait décroché l'appel d'offres en 2017 pour un montant d'environ 3,5 millions d'euros. Les Bras Frères est spécialisée dans la couverture et les charpentes: son siège est situé à Jarny en Meurthe-et-Moselle, mais elle compte aussi des bureaux à la Rochelle et à Paris. Elle emploie un peu moins de 200 ouvriers spécialisés dans les charpentes bois, métalliques et les travaux de couverture. L'entreprise a à son actif un important palmarès de chantiers de restauration: elle a œuvré sur les cathédrales de Poitiers, Verdun, Strasbourg ou encore Amiens. Elle était aussi missionnée pour s'occuper de la cathédrale de Reims et du dôme du Panthéon, à Paris. 

Car pour s'attaquer à des tels fleurons du patrimoine, il faut disposer d'un savoir-faire qui respecte les matériaux et les techniques anciennes. Le ministère de la Culture et la direction générale des patrimoines veillent au grain: les maîtres d'ouvrages, qu'il s'agisse de propriétaires privés, de collectivités territoriales ou même de l'Etat, doivent respecter un cahier des charges avant d'entamer un chantier de restauration sur un monument classé.

Le revers de la sous-traitance

Pour obtenir l'autorisation de travaux, il est nécessaire de s'adresser à la direction régionale des affaires culturelles dont dépend le monument afin d'établir le programme de l'opération, de concertation avec les services de l'Etat. Puis intervient le choix du maître d'œuvre, qui doit être un architecte spécialisé dans les monuments historiques. Le ministère de la culturel précise qu'il "doit justifier de références de haut niveau en rapport avec l’opération envisagée et d’une expérience de dix années dans le domaine de la restauration du bâti ancien".

La même exigence est demandée lors de la sélection des entreprises qui vont mener les travaux de restauration. Il n'existe pas d'agrément ou d'habilitation délivrés par les services de l'Etat permettant de distinguer les sociétés qui ont les qualifications pour s'attaquer à ces chantiers pointus. Mais les entreprises et artisans qui interviennent sur les monuments historiques doivent justifier de leurs capacités techniques. Ils doivent pour cela être en mesure de présenter des références d'interventions présentant la même complexité ou avoir la qualification Qualibat pour ce type de chantier.

Le système n'est cependant pas exempt de défaillances, selon une architecte qui a requis l'anonymat: "les sociétés retenues par les appels d'offre font toujours appel à des sous-traitants qui peuvent faire appel elles-mêmes à des sous-traitants. Elles-mêmes peuvent faire appel "à des personnes peu qualifiées" sur les chantiers, a-t-elle confié à l'AFP.

Coralie Cathelinais