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Les premiers résultats de la stratégie De Meo se font sentir chez Renault

Les résultats trimestriels du groupe sont en recul mais plusieurs signaux laissent présager que la stratégie insufflée par Luca De Meo commence à porter ses fruits.

Renault a publié ses résultats pour le premier trimestre ce jeudi et les chiffres ne sont pas bons. Le chiffre d’affaires de 10 milliards d'euros est en recul de 1,1% par rapport à l'année dernière. Les ventes mondiales au 1er trimestre ont, elles, très peu progressé, dans un contexte certes toujours marqué par la pandémie.

Mais derrière ces résultats en demi-teinte, plusieurs signaux peuvent rassurer les analystes. Et montrent que la stratégie de redressement et de retour à la croissance de Luca De Meo, la "Renaulution", commence à porter (timidement) ses fruits.

Des ventes plus saines, des prix en hausse

Il faut dire que la stratégie du boss de Renault est de miser sur la rentabilité plutôt que sur la quantité, avec en premier lieu un assainissement des ventes. Fini les promotions qui poussent aux volumes. Chaque modèle est désormais vendu au juste prix pour générer des marges, de quoi décontenancer certains clients qui venaient avant tout pour les 25 à 30% de remise. "La qualité des ventes s’est améliorée", a ainsi souligné Clotilde Delbos ce matin lors de la conférence analystes du groupe.

Fini aussi les véhicules dont la valeur ajoutée était trop faible comme l'Espace. Renault se concentre désormais sur les SUV et l'électrique, finalement là où les marges sont plus élevées, même sur des modèles de segment B. Résultat, cette montée en hausse des prix a permis au constructeur d'avoir un chiffre d'affaires sur l'automobile stable avec 8,6 milliards d'euros.

Et finalement même si les prix des véhicules sont en hausse, les clients restent au rendez-vous, puisque les ventes mondiales du groupe sont quasi stables, en hausse de plus de 1%. Ces ventes ont cependant été surtout tirées par certaines catégories, comme les véhicules utilitaires et les véhicules de la gamme E-Tech (électrique et hybride). Comme le rappelle Reuters, le mix-produits a contribué pour 2,4 points aux résultats, car ces deux types de véhicules permettent des marges élevées. Le gros des ventes reste cependant toujours assuré par les petits modèles, moins rémunérateurs. De quoi se montrer serein en attendant l’arrivée de modèles SUV coupé ou d’une nouvelle Mégane, des véhicules plus gros donc plus rémunérateurs.

"Une zone de confort" sur les liquidités

Le pari de la Renaulution est-il pour autant gagné? Il est beaucoup trop tôt pour le dire, mais chez Renault, on se montre confiant, même si le constructeur est de plus en plus concurrencé sur ces modèles phares comme la Zoe, modèle électrique le plus vendu en Europe l'année dernière. Tesla avec la Model 3 et Volkswagen avec l'ID3 sont passés devant au premier trimestre de cette année. Les dirigeants de Renault ont en effet réaffirmé ce matin que la Zoé pourrait de nouveau dépasser les 100.000 ventes annuelles cette année, comme en 2020. Les résultats de la Spring (10.000 pré-commandes en un mois seulement) sont aussi un point positif. Pour Clotilde Delbos, la directrice financière, les modèles électriques atteindront jusqu'à 15% des ventes du groupe cette année contre 10% l'année dernière malgré la concurrence.

Clotilde Delbos s’est aussi montré très rassurante sur le plan purement financier, le point noir du constructeur après les 8 milliards d’euros de perte enregistrés l’an dernier. Certes, le plan de redressement doit permettre au groupe d'être rentable en 2025, ce qui laisse encore quelque délai. Renault est cependant en avance sur son plan de réduction des coûts. Le groupe devrait parvenir à atteindre son objectif de 2 milliards d'économies dès cette année alors qu'il était initialement fixé pour 2023. Et en plus, le directeur général a sous la main une bonne prise de cash, 16 milliards d'euros.

Nous sommes dans une zone de confort" sur les liquidités, rappelait Clotilde Delbos.

Même si Renault devra brûler une partie de sa trésorerie pour commencer à rembourser le PGE de 5 milliards d'euros dès l'année prochaine.

Julien Rizzo, avec Pauline Ducamp