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L'industrie française affronte-elle la crise de trop?

Invité ce mardi sur le plateau de Good Morning Business, le patron de Sisley et co-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) alerte sur la situation des groupes industriels qui peinaient déjà à rivaliser avec ses voisins européens avant la pandémie.

Que restera-t-il de l'industrie en France après cette crise? Une semaine après la fermeture de l'usine Bridgestone, Philippe D'ornano, le patron de Sisley et co-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), tire la sonnette d'alarme. "La question, c'est vraiment: 'est-ce que ce n'est pas la crise de trop?'".

Pourtant, le gouvernement avait pris ses responsabilités au début de la crise, reconnait le patron. "La réaction immédiate des pouvoir publics (…) a été assez déterminante. On a été beaucoup plus réactif que pendant la crise de 2009", reconnait-il.

Surtout, le plan relance, qui s'articule notamment autour d'une baisse des impôts de production de 10 milliards d'euros par an pour l'industrie, était une étape majeure pour soulager les professionnels qui se plaignent depuis des années de ces taxes qui s'imposent sur le chiffre d'affaires, avant même la réalisation de bénéfice.

"1900 ETI (entreprises de taille intermédiaire, entre 250 et 5000 salariés, ndlr) industrielles payent 55% des taxes de production", indique Philippe D'ornano, rappelant ainsi que l'industrie française ne compte pas que des grands groupes internationaux.

Effet ciseau

En réalité, l'Hexagone souffre depuis longtemps de ces fameux impôts de production. "Bridgestone, ils ont cinq millions de pertes" et "ils ont sept millions d'euros de taxes de production", résume Philippe D'ornano.

Résultat, la part de l'industrie dans le PIB est deux fois moins importante en France qu'en Allemagne. Et la nouvelle crise risque de mettre à mal une situation déjà fragile. "Il y a beaucoup d'industrie qui n'ont pas de fortes marges", poursuit le co-président du METI qui indique que, selon un sondage réalisé auprès de ses adhérents, les ETI industrielles s'attendent cette année à une baisse de 8,5 à 10% du chiffre d'affaires.

L'effet ciseau est terrible pour une industrie qui souffre depuis plus de 10 ans", explique le patron.

Toujours selon le sondage du METI, 46% des ETI industrielles ne pensent pas pouvoir rembourser les prêts garantis par l'Etat tandis que près d'une ETI sur trois envisage de diminuer ses effectifs dans les trois prochains mois.

Difficultés pour s'assurer

Facteur aggravant lié à la crise: 34% d'entre elles rencontrent des difficultés en matière d'assurance-crédit lié, dans la moitié des cas, au non renouvellement des contrats.

Si vous avez des clients qui sont en difficulté, vous allez avoir du mal à commercer avec eux si vous n'avez pas d'assurance. Vous êtes vous-même dans une situation difficile. Vous allez donc avoir tendance à ne pas livrer, à attendre, à essayer d'avoir des garanties, analyse Philippe D'ornano. Il y a une vraie remise en cause qui grippe les rouages".

Selon lui, il faut donc amplifier les baisses des impôts de production. "Ces 10 premiers milliards c'est une première étape", mais continuer la baisse "est absolument vital".

Thomas Leroy Journaliste BFM Business