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Invendable, le premier Airbus A380 vient d'être "désossé" par une PME française

L’A380 démantelé par Tarmac Aerospace appartenait à la société allemande de leasing Dr Peters Group et il était précédemment opéré par la compagnie aérienne Singapore Airlines.

L’A380 démantelé par Tarmac Aerospace appartenait à la société allemande de leasing Dr Peters Group et il était précédemment opéré par la compagnie aérienne Singapore Airlines. - Tarmac Aerospace

La société tarbaise Tarmac Aerosave a terminé la "déconstruction" d'un A380 exploité auparavant par Singapore Airlines. Cette opération, qui a duré un an, a permis la revente de pièces détachées et le recyclage d'autres éléments du plus imposant des avions de ligne.

Que peut faire le propriétaire d'un avion aussi imposant et récent qu'un A380 qui ne vole déjà plus, faute de repreneur? Le revendre en pièce détachées est l'option choisie en 2018 Dr Peters Group. Cette société allemande de leasing est propriétaire de plusieurs A380 (dont Airbus a arrêté le programme) qu'elle loue à des compagnies aériennes.

Mais deux exemplaires lui ont été rendus par la compagnie Singapore Airlines, avions qu'elle a alors décidé de "démanteler", faute de leur avoir trouvé de nouvelles compagnies clientes. Une première a priori pour un avion d'une génération récente dont la première mise en service commerciale eut lieu en 2007.

Si les moteurs Rolls Royce du géant des airs voué au rebut par son propriétaire ont été rapidement démontés et renvoyés au motoriste britannique, encore fallait-il trouver une société disposant du savoir-faire adéquat pour "déconstruire" le reste de cet avion à l'envergure immense (80 m).

L'A380 a été "démantelé" en un an

Un premier A380 a ainsi été confié à la société française Tarmac Aerospace qui en assuré le "désossage". Pour ce faire, cette filiale d'Airbus (33,6%), de Safran (32,8%) et de Suez (33,6%), créée en 2007, possède de vastes installations (parking, hangars) sur l'aéroport de Tarbes, au pied des Pyrénées.

Cette PME s'est spécialisée dans la dépose des pièces que le propriétaire de l'avion souhaite conserver, assurant le stockage et référencement de ces pièces. Cette activité de "déconstruction" représente 20% de son activité totale, qui inclut le stockage d'avions et leur maintenance, et la "transition" (opérations techniques nécessaires lorsqu'un avion change d'opérateur). 

En l'occurrence, il aura fallu un an pour désosser l'A380 des pièces majeures (train d'atterrissage) susceptibles de trouver acquéreur sur le marché de l'occasion puis déposer les nombreux autres éléments de l'avion (carlingue, câbles électriques). La vente de pièce détachées et des équipements d’occasion a été confiée à l’américain VAS Aero Services.

Une fois les pièces détachées récupérées par le propriétaire de l'aéronef (Dr Peters Group), la société française a assuré le tri des matériaux et le recyclage de ce qui pouvait l'être. Pour tronçonner la carlingue, elle recourt à une scie à câble diamantée, sorte de "fil à couper le beurre" très efficace pour découper le métal.

Au total 90% de la masse de l’A380 a pu être traitée. Pour assurer le démantèlement de ce géant des airs, Tarmac Aerospace précise avoir conçu de l’outillage spécifique comme des berceaux et des équipements de déplacement de fuselage. Elle a aussi procédé au renforcement des procédures de sécurité du personnel pendant la phase de démantèlement des pièces lourdes en hauteur tout en revendiquant l'usage de procédés écoresponsables (découpe à froid, arrosage, drainage, tri sélectif)

Alors que les opérations de démantèlement de son premier A380 se sont achevées il y a à peine un mois, un second chantier de "déconstruction" d'un second A380 est déjà en cours sur le site de Tarbes (Hautes-Pyrénées).

Frédéric Bergé