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Éric Baissus (Kalray): "L'Europe prend conscience de sa dépendance dans les semi-conducteurs"

Sur BFM Business, Éric Baissus, président du Directoire de Kalray, compare la pénurie semi-conducteurs au choc pétrolier des années 1970. Il plaide pour la souveraineté industrielle de l'Europe.

Bruxelles présente aujourd'hui son grand plan pour renforcer la production de puces électroniques en Europe. Mais cette course à l'indépendance technologique ne sera pas aisée. Avec un plan de 20 milliards d'euros, l'Europe souhaite doubler la part mondiale de la production européenne de semi-conducteurs de 10 à 20%. Est-ce possible?

Pour Éric Baissus, président du Directoire de Kalray, un spécialiste français de ces technologies, c'est non seulement réalisable, mais surtout vital pour l'ensemble de l'industrie européenne affectée par la pénurie de puces électroniques qui viennent principalement d'Asie.

"Ce qu'on vit aujourd'hui, c'est un électrochoc, une prise de conscience. C'est un peu comme le choc pétrolier dans les années 70 qui a permis de comprendre la dépendance pétrolière. L'Europe prend aujourd'hui conscience de la dépendance dans les semi-conducteurs", déclare sur BFM Business ce mercredi Éric Baissus.

Kalray est une pépite française de la deeptech issue des laboratoires du CEA. Elle utilise une technologie permettant de calculer un Téra d'opérations par seconde pour les industries automobiles ou celles de la 5G. Consulté par Thierry Breton, commissaire européen en charge du dossier, son dirigeant alerte sur les deux plans de ce programme.

"Il y a deux sujets. Celui des usines, qui est très médiatisé. Nous n'en avons aucune en Europe qui soit capable de fabriquer les processeurs de nos téléphones portables. Trop compliqué, on ne sait pas faire", indique Éric Baissus.

Créer un "Airbus" des semi-conducteurs

L'autre problématique est de faire tourner ces usines. Le président de Kalray insiste sur la nécessité que les concepteurs de puces utilisent ces usines. L'entreprise est d'ailleurs au cœur de cette problématique. Elle développe un nouveau type de processeur capable d'analyser très rapidement un très grand flot de données pour l'automobile ou la 5G.

"Il y a très peu d'usines dans le monde capable de produire ces puces et aucune en Europe pour ce niveau de gravure. Avoir des capacités de production en Europe est une question de souveraineté plus encore avec les tensions géopolitiques. Il faut créer un écosystème pour créer ces usines à long terme", note Éric Baissus.

La création d'un Airbus des semi-conducteurs est évoquée à Bruxelles. L'idée serait d'inciter les entreprises européennes les plus performantes à mettre leur force en commun pour créer un géant mondial du secteur.

"Ça peut être une énorme réussite, comme celle d'Airbus, ou une énorme usine à gaz, prévient Éric Baissus. Ça ne me choque pas que les politiques incitent des concurrents à travailler ensemble, mais il faut savoir comment on, va avancer".

STMicroelectronics a d'ailleurs déjà annoncé sur BFM Business qu'il ne fera pas partie d'une éventuelle alliance européenne entre fabricants.

La pénurie mondiale de semi-conducteurs affecte l'ensemble de l'industrie, mais particulièrement l'automobile. Elle a empêché le groupe Stellantis, issu de la fusion de Peugeot-Citroën et de Fiat-Chrysler, de produire 190.000 véhicules au premier trimestre a annoncé mercredi le deuxième constructeur européen.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco