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Conquête spatiale: un rapport officiel accuse la Nasa de surpayer Boeing

Avec Boeing, le prix de l'aller-retour pour la relève des astronautes de l'ISS reviendra à 90 millions de dollars, soit 63% de plus qu'avec les navettes Dragon de SpaceX

Avec Boeing, le prix de l'aller-retour pour la relève des astronautes de l'ISS reviendra à 90 millions de dollars, soit 63% de plus qu'avec les navettes Dragon de SpaceX - Boeing

L'agence spatiale américaine se fait épingler sur ses dérapages budgétaires et de calendriers dans la conquête de l'espace et surtout sur des largesses financières au profit de Boeing, concurrent de SpaceX.

Les dirigeants de SpaceX ne décolèrent pas et demandent des comptes à la Nasa sur le choix de Boeing pour la conception d'une navette destinée à assurer la relève des astronautes de la Station spatiale internationale (ISS). Selon un audit interne, la Nasa aurait "surpayé" Boeing pour construire des taxis spatiaux destinés à relever les astronautes de l'ISS. Actuellement, les Américains payent les Russes qui avec les fusées Soyouz disposent des seuls vaisseaux pour réaliser cette mission.

L'agence spatiale américaine a accordé en 2014 des contrats à prix fixes à Boeing et SpaceX pour chacun construire des taxis pour la Station spatiale internationale (ISS): Starliner pour Boeing, et Dragon pour SpaceX. Ces vaisseaux devaient initialement transporter des astronautes en 2017, mais ces premiers vols habités ne sont maintenant prévus qu'au début de 2020 -- et encore, les tests ne sont pas terminés. Au total, plus de 8 milliards de dollars ont été engagés dans les deux sociétés pour assurer six voyages chacune de quatre astronautes jusqu'en 2024.

Boeing plus cher que SpaceX et Soyouz

Le rapport dévoile qu'avec Boeing, le prix de l'aller-retour reviendra à 90 millions par astronaute à bord de Starliner, soit 63% de plus qu'avec la navette Dragon de SpaceX (55 millions). Mais surtout, Boeing reste plus cher que les fusées russes Soyouz, actuellement le seul moyen de transport vers l'ISS dans le monde depuis la fin des navettes américaines en 2011. La Russie facture 80 millions de dollars à la Nasa pour les utiliser, soit 10 millions de mois que Boeing et 25 millions de dollars de plus que SpaceX. 

Nasa
Nasa © Nasa

L'inspecteur général qui a rédigé le rapport révèle en plus que la Nasa a aussi payé 287 millions de dollars supplémentaires à Boeing pour combler un retard de construction, bien que le contrat initial fût fixe. "Selon nous, ce paiement additionnel n'était pas nécessaire", conclut le bureau de l'inspecteur général dans le rapport, car il suffisait d'acheter des places supplémentaires dans les fusées Soyouz.

Un seul américain dans l'ISS au lieu de trois

La conséquences des retards du programme spatial, ne sont pas seulement financières. A cause des retards de Boeing et de SpaceX, la Nasa pourrait ne plus être contrainte de réduire drastiquement le nombre de ses astronautes à bord de l'ISS. En effet, la Russie avait anticipé que les Américains n'auraient plus besoin de ses Soyouz à partir de 2020 et a donc prévu de réduire son rythme de lancements à deux par an. Chaque Soyouz a seulement trois places.

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Nasa © Nasa

Alors que les Américains avaient toujours au moins trois astronautes en permanence à bord de l'ISS depuis 2000, leur présence pourrait être réduite à une personne l'an prochain. Actuellement, il y a trois Américains, deux Russes et un Européen (un Italien) à bord. "Si Boeing et SpaceX ne sont pas capables de transporter un équipage d'ici avril 2020, la Nasa sera forcée de réduire l'équipage américain à bord de la station à un seul astronaute", prévient l'inspecteur général.

Plus de 50 milliards de dollars

Un autre rapport met à mal les dérapages financiers de la Nasa et des retards à répétition du programme lunaire. L'agence a dépensé à ce jour 34 milliards pour retourner sur la Lune. Les trois gros postes de dépenses sont la fusée lourde SLS (Space Launch System), pour laquelle le prestataire principal est Boeing; la capsule habitée Orion; et de nouvelles installations au sol. Au total, le programme lunaire a pris plus de deux ans de retard, avec 2,6 milliards de dépassement budgétaire.

La mission Artémis 1 (non habitée) est prévue en novembre 2020, et l'alunissage d'astronautes en 2024, en théorie. D'ici là, la facture totale du retour sur la Lune aura dépassé 50 milliards de dollars, souligne l'auditeur. Alors même que les fusées SLS seront "jetables", à usage unique, contrairement aux fusées Falcon Heavy de SpaceX, bien moins chères et réutilisables.

Pascal Samama avec AFP