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Un satellite européen contraint à dévier sa trajectoire pour ne pas être percuté par un satellite de SpaceX

SpaceX a expliqué qu'un "bug" dans le système de communication, ne permettait pas au satellite d'être informé du risque de collision

SpaceX a expliqué qu'un "bug" dans le système de communication, ne permettait pas au satellite d'être informé du risque de collision - ESA

L'Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé mardi avoir dévié de sa trajectoire un satellite d'observation des vents de l'atmosphère pour lui éviter une possible collision avec un appareil de la constellation de SpaceX affecté par un bug de son système de communication.

Même à 320 kilomètres d’altitude, il y a du trafic. Pour preuve cet incident rarissime qui s'est produit ce lundi. L'Esa a dû modifier la trajectoire d'Aeolus, un satellite d'observation des vents de l'atmosphère, pour éviter un choc frontal avec Starlink 44, un satellite de la constellation de SpaceX. L'information a été révélée dans un tweet par l'Esa pour qui cette situation est "une première". 

"Avec l'augmentation du nombre de satellites en orbite, notamment due aux méga-constellations comprenant plusieurs centaines, voire milliers de satellites, il va devenir indispensable de confier l'exécution des manoeuvres d'évitement de collision à une intelligence artificielle", a ajouté l'ESA.

Si les satellites Starlink sont pour l'instant 60 à tourner autour de la Terre, Elon Musk, le patron de SpaceX, ambitionne d'en envoyer 12.000 afin de fournir le globe en internet à haut débit.

Reste à savoir pourquoi SpaceX, nouveau venu dans l'espace, n'a pas dévié la trajectoire de Starlink 44. Les versions divergent. Un porte-parole de SpaceX a expliqué qu'un "bug" a touché le système de communication, ne lui permettant pas d'être informé correctement d'une augmentation du risque de collision. Cette information avait été donnée par l'armée américaine, qui surveille le trafic spatial.

L'Esa a une autre version rapportée par Forbes. Holger Krag, responsable du bureau des débris spatiaux à l'ESA, explique que SpaceX a refusé de laisser la place malgré le fait qu'Aelus occupe cette région de l'espace neuf mois avant Starlink 44. Malgré un risque de collision élevé de 1 sur 1000, soit dix fois plus que le seuil nécessitant une manœuvre d'évitement de collision "SpaceX a dit qu'ils n'envisageaient pas d'agir".

Pour Holger Krag, le refus de Space X s'expliquerait par l'incapacité de son système de propulsion électrique à "réagir aussi vite" que la propulsion chimique d'Aeolus. Aelus a donc effectué une manoeuvre d'évitement avant de reprendre sa trajectoire.

28 manoeuvres d'évitement de collision en 2018

Cette situation risque de se reproduire d'une part à cause du trafic, mais aussi en raison des nombreux débris qui errent dans l'espace. "L'ESA a effectué 28 manoeuvres d'évitement en 2018 à cause d'un satellite inactif ou des fragments d'une collision précédente", explique l'agence européenne sur son compte Twitter. Face à la multiplication des débris spatiaux en tout genre - on en dénombre plus de 20.000 en orbite autour de notre planète -, l'ESA compte demander aux pays membres de l'organisation une augmentation significative de l'effort consacré à la sécurité de l'espace lors de la réunion du Conseil de l'ESA au niveau ministériel en novembre à Séville.

Pascal Samama avec AFP