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Carlos Ghosn inculpé pour dissimulation de revenus sur 5 ans

Après plusieurs semaines de garde à vue au Japon, le patron de l'alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a été inculpé pour dissimulation de revenus pendant 5 ans. L'entreprise Nissan fait également l'objet de poursuites.

Trois semaines après son arrestation surprise à Tokyo, Carlos Ghosn a été inculpé lundi pour dissimulation de revenus sur cinq ans, tandis que sa garde à vue était prolongée sur de nouvelles charges.

Le bureau des procureurs a décidé de mettre en examen le PDG de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors pour avoir omis de déclarer aux autorités boursières environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) de revenus sur cinq années, de 2010 à 2015. Son bras droit Greg Kelly, arrêté en même temps que lui, a aussi été inculpé.

Nissan est également poursuivi en tant qu'entité morale, le parquet jugeant que la responsabilité de l'entreprise était aussi engagée, car c'est elle qui a remis les rapports incriminés aux autorités boursières.

Sa garde à vue prolongée au-delà de Noël

Carlos Ghosn ne sortira pas de prison: sa garde à vue a été prolongée sur de nouveaux soupçons de minoration de ses émoluments, cette fois entre 2015 et 2018, pour un montant de 4 milliards de yens. Elle peut durer 22 jours à partir de lundi, soit au-delà de Noël.

Le tout-puissant patron est arrivé dans l'archipel le 19 novembre à bord de son jet privé. En l'espace de quelques minutes, son sort a basculé: interpellé par des enquêteurs du parquet sur des soupçons de malversations, le dirigeant âgé de 64 ans a aussitôt été envoyé dans une cellule d'un centre de détention du nord de la capitale.

Quelques jours plus tard, il était limogé de la présidence des conseils d'administration de Nissan et Mitsubishi Motors, sans un mot ou presque pour celui qui les avait naguère sauvés de la débâcle.

D'autres chefs d'inculpation encore possibles

Carlos Ghosn n'est pas au bout de ses peines: le parquet pourrait se pencher sur de possibles abus de biens sociaux que Nissan reproche à son ancien patron, tels que l'usage de résidences de luxe aux frais du groupe.

A ce sujet, le constructeur a indiqué dans un communiqué avoir fait appel d'une décision d'un tribunal brésilien autorisant à des représentants de Carlos Ghosn l'accès à un appartement situé à Rio de Janeiro, "afin d'empêcher la destruction de preuves éventuelles".

Carlos Ghosn nie toute malversation

Dans cette affaire, les rumeurs, spéculations, scénarios sont nombreux, et la parole officielle rare si ce n'est, au tout début, celle du patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a d'emblée lâché son ancien mentor.

Les procureurs ont pour l'instant communiqué a minima et la défense de Carlos Ghosn, menée par Motonari Ohtsuru, un ex-procureur spécialiste des grandes affaires financières, ne s'est pas publiquement exprimée.

Tout juste sait-on que "le suspect Ghosn", comme l'a rebaptisé la presse nippone, nie toute malversation. "Il est dans un état d'esprit vaillant et combatif", souffle-t-on au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt près de Paris, malgré les conditions spartiates de l'établissement où le Franco-libano-brésilien est détenu. Il se dit bien traité, reçoit la visite des ambassadeurs de France, du Liban et du consul du Brésil, et s'occupe à lire livres et magazines quand il n'est pas interrogé par les enquêteurs.

L'affaire laissera des traces dans l'alliance

Au cours des auditions, réalisées en anglais et enregistrées selon le quotidien Asahi Shimbun qui avait révélé l'affaire, Carlos Ghosn aurait reconnu avoir signé des documents mentionnant des paiements qu'il était censé percevoir au moment de quitter le groupe mais il assure, selon la presse, que ces montants n'étaient pas définitivement établis et n'avaient donc pas à être inclus dans les rapports publics de Nissan.

D'après une source proche des investigations, ce système a démarré après l'entrée en vigueur d'une loi imposant aux administrateurs les mieux payés de divulguer leurs rémunérations. Le but de Carlos Ghosn aurait été d'éviter les critiques des actionnaires et employés.

Quelle que soit son issue judiciaire, l'affaire laissera des traces dans l'alliance Renault-Nissan née en 1999 et devenue, avec l'apport de Mitsubishi Motors en 2016, le premier ensemble automobile mondial.

J.-C.C. avec AFP