BFM Business

Après l'échec de la fusion avec FCA, Renault et l'Etat se renvoient la balle

Bruno Le Maire, Nicole Notat et Jean-Dominique Senard lors d'une réunion à Bercy en mars 2018.

Bruno Le Maire, Nicole Notat et Jean-Dominique Senard lors d'une réunion à Bercy en mars 2018. - ERIC PIERMONT / AFP

Le président de Renault, Jean-Dominique Senard, a clairement désigné l'Etat comme responsable de l'échec du projet de fusion avec FCA. Mais, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire dément. Les deux hommes se rencontraient ce matin à Bercy et restent en désaccord sur la volonté de Nissan dans ce dossier.

La tension monte entre Renault et l'Etat, son principal actionnaire qui détient 15,01% du capital du constructeur automobile. Ce mercredi 12 juin, lors de l'assemblée général du constructeur français, son président, Jean-Dominique Senard, est revenu sur l'échec des négociations pour engager une fusion avec Fiat-Chrysler (FCA). 

Senard se "désole" de la situation

Il a tout d'abord révélé que c'était l'Etat qui avait été à l'origine de ce projet de fusion: 

"Lorsque le ministre des Finances m'a suggéré, il y a maintenant quelques mois (...), de prendre contact avec les dirigeants de Fiat-Chrysler. Je l'ai fait et je dois dire que dans ma vie d'industriel, j'ai rarement vu un principe de fusion qui pouvait apporter autant de synergies positives, incroyablement valorisantes et robustes."

Après avoir reçu la proposition de FCA et prévenu le groupe Nissan, "nous l'avons étudié très à fond avec le conseil d'administration (du groupe Renault)", poursuit Jean-Dominique Senard, avant de rappeler que ce conseil d'administration "aurait donc pu voter la première étape de cette fusion, qui aurait été un accord non engageant."

"A l'exception d'un vote contre (celui du représentant de la CGT, NDLR), l'ensemble des membres du conseil ont approuvé l'accord avec enthousiasme et deux représentants du groupe Nissan s'étant abstenus de façon très positive", explique le président de Renault, précisant que "tout ceci ouvrait la voie à la validation de l'accord dans sa première étape".

Mais, conclut-il, "les représentants de l'Etat n'ont pas à ce stade partagé cette analyse et par conséquent le vote n'a pu avoir lieu, ce qui, je vous le dis franchement, me désole".

A la suite de la demande d'un nouveau délai supplémentaire pour prendre une décision (l'Etat souhaitant d'abord avoir l'accord de Nissan), FCA avait choisi de retirer sa proposition, estimant que les "conditions politiques" n'étaient pas réunies en France pour "mener à bien un tel rapprochement".

Nissan était contre la fusion, affirme Bercy

Bruno Le Maire, invité de France Info ce jeudi matin, a démenti cette version des faits relatée par Jean-Dominique Senard:

"Nous n'avons pas fait capoter le mariage entre Renault et Fiat, a affirmé le ministre. Ne comptez pas sur moi pour regarder passer les trains comme actionnaire de référence. (...) L'Etat n'agira jamais ni sous la pression ni dans la précipitation dans cette affaire", a-t-il martelé, ajoutant qu'il rencontrerait Jean-Dominique Senard dans la matinée à Bercy.

Un rendez-vous au cours duquel Bruno Le Maire a pour la troisième fois cette semaine renouvelé sa confiance dans le nouveau président de Renault, indique-t-on dans l'entourage du ministre.

Si Bruno Le Maire a souligné que le projet de fusion avec FCA n'était pas mauvais, ne démentant ainsi pas en avoir été à l'origine, l'objectif commun reste la consolidation de l'alliance avec Nissan. Bercy rappelle également que l'Etat n'a pas vocation à rester dans le capital de Renault mais les conditions ne seraient pas réunies actuellement pour s'en désengager.

Seul point de dissension important qui ressort de cette entrevue: l'interprétation de l'abstention des représentants de Nissan. Pour l'Etat, cela signifie clairement que les Japonais étaient contre cette fusion avec FCA, contrairement donc à ce que suggérait Jean-Dominique Senard lors de l'assemblée générale de Renault la veille.

Julien Bonnet, avec Gaëtane Meslin